C’est une invitation à un voyage hors du temps que nous offre Leonard Slatkin avec l’œuvre Saraband « For Katharine in April » de Ron Nelson. Le spectateur se laisse envelopper par la mélodie céleste et les thèmes, tantôt donnés aux vents, tantôt aux cordes, et parmi lesquels on devine différentes influences. Si cette danse est d’une absolue douceur, elle n’en est pas moins puissante, comme en témoigne le magnifique crescendo qui s’étire, à l’image d’une fleur qui s’ouvre, pour ensuite laisser le son s’effacer dans le silence.

Gautier Capuçon © Michel Tammaro
Gautier Capuçon
© Michel Tammaro
L’orchestre enchaîne avec la Symphonie No.3 de Brahms. Tout au long des mouvements, le chef d’orchestre Leonard Slatkin, qui dirige par cœur, nous montre qu’il est véritablement connecté à ses musiciens : il communique avec eux et les conduit, mais il sait aussi leur laisser une certaine liberté dans les moments de solo plus expressifs.

Le premier mouvement commence avec un magnifique piano de l’orchestre, qui sublime le thème joué à la clarinette. Par la suite, on remarque de nombreux motifs dansants, dont l’esprit est accentué par l’orchestration très homogène : les instruments de l’orchestre se répondent tour à tour. Le compositeur joue entre des moments de tension, plus sombres, avec notamment le grondement des timbales, et des éclairages soudains.

On retrouve la clarinette dans le deuxième mouvement, Andante, à l’ambiance plus intime que le premier. Là encore, une phrase mélodique nous porte parmi les différents pupitres de l’orchestre, dans un son continu, sans heurts. À peine terminé, l’enchaînement se fait avec le troisième mouvement, Poco allegretto, dont la mélodie est si célèbre, et qui a d’ailleurs été reprise par plusieurs chanteurs. L’atmosphère mélancolique et nostalgique ne peut que vous envahir à l’écoute du thème, exposé par les violoncelles. Dans le passage central arrive un moment moins lyrique, plus piqué, que l’Orchestre National de Lyon teinte de « swing » et de rebondi. Enfin, l’ultime reprise du thème, par le cor, est sublime : la mélodie nous ensorcèle encore une fois, et la difficulté de la partition ne réussit pas à déstabiliser le soliste dont le jeu est fluide et d’une extrême délicatesse.

Le quatrième mouvement renoue avec les tensions dramatiques, et une véritable bataille se livre entre les modes majeur et mineur, entre la lumière et l’ombre. L’intensité est décuplée par les nombreux accords puissants : on aurait pu croire que la symphonie s’achèverait sur ce paroxysme, il n’en est rien. Les teintes d’espoir reviennent avec l’apaisement, les dernières notes sont sereines et calmes.

Partons à présent pour la Russie avec la Sinfonia concertante pour violoncelle et orchestre de Prokofiev. C’est Gautier Capuçon qui rejoint l’ONL pour s’attaquer à cette pièce si singulière. Au contraire de nombreux concertos, dont le genre est proche, l’ouvrage est certes virtuose mais il joue aussi sur toute la tessiture de l’instrument. Des thèmes aux humeurs très différentes se suivent, de même que le soliste doit être particulièrement agile pour enchaîner les démanchés spectaculaires, les doubles cordes, les envolées lyriques ou les pizzicati très énergiques.

La virtuosité l’emporte totalement dans l’Allegro giusto. L’archet de Gautier Capuçon est précis et sûr, d’une rapidité d’exécution impressionnante.  Le violoncelle est mis en avant, notamment dans une cadence aux allures de mise à l’épreuve pour l’instrumentiste ! Les différentes influences, plus rythmiques ou aux teintes de jazz, se font sentir dans la suite du mouvement. Le lyrisme revient ensuite sur le devant de la scène, cependant tout n’est pas lisse et uniforme : en réponse à ces phrases très mélodiques, des thèmes plus ironiques circulent parmi les vents. Dans ce passage où la voix du violoncelle fait corps avec l’orchestre, la complicité entre le soliste et le chef, mais aussi avec les chefs de pupitres est visible. Cette écoute et cette souplesse servent l’homogénéité et un son uni dans une œuvre pourtant complexe et aux multiples superpositions.

Le dernier mouvement est celui des échanges, d’un jeu de questions et de réponses, avec des moments plus classiques et parfois plus dansants. Prokofiev multiplie les effets et joue sur les couleurs. L’intervention de la grosse caisse et des contrebasses, très rythmique, reprise par les timbales, annonce l’avancée inéluctable vers la fin. Ce n’est pourtant pas sur ces battements de cœur répétitifs que s’achève la Sinfonia concertante, mais sur des harmoniques, dans le suraigu du violoncelle, dans un son presque irréel.

Après un tel morceau de bravoure, on ne peut que saluer la belle performance de Gautier Capuçon, son jeu précis et limpide, accompagné par un orchestre aux sonorités douces ou puissantes, c’est selon.

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