Premier concert d’une nouvelle série intitulée « Rush Hour » de l'Orchestre de la Suisse Romande, afin de faire découvrir la musique classique « live » à un nouveau public, dans un temps limité et sans entracte…

Jakub Hrůša © V. Krsul
Jakub Hrůša
© V. Krsul

Le programme débute par une pièce puissante de Bohuslav Martinů : les Paraboles H.367. Compositeur tchèque méconnu mais néanmoins talentueux et fécond, il fut le disciple d’Albert Roussel et d’Honnegger qui croiseront son chemin lors de son établissement en France dès 1923, avant son départ en 1940 pour les Etats-Unis.  

Les Paraboles offrent un triptyque rayonnant dont les frémissements post-romantiques sont un ravissement pour l’auditeur entre le scintillement des flûtes et les césures tranchantes des cuivres acérés ! Les trois paraboles ont chacune leur identité forte, bien que demeure le talent d’orchestration du compositeur qui fait ressortir admirablement les différentes ponctuations des vents admirables de l’Orchestre de la Suisse Romande.

La troisième parabole, parabole d’un navire, pièce très puissante, fait immédiatement penser à des aspects du Sacre ou de l’Oiseau de Feu, avec cette urgence rythmique caractéristique : effet garanti ! 

Alexeï Ogrintchouk © Marco Borggreve
Alexeï Ogrintchouk
© Marco Borggreve
C’est avec un orchestre bien allégé que le programme offre à entendre le fameux Concerto pour hautbois en ut majeur de W.A. Mozart. Dès l’introduction jubilatoire de l’Allegro aperto, on est saisi par le hautbois malicieux, stylé, offrant une palette très large de nuances au soliste russe Alexeï Ogrintchouk, élève de Maurice Bourgue notamment, lauréat du Concours de Genève et actuel premier hautbois du non moins prestigieux Royal Concertgebouw Orchestra d’Amsterdam.

Chaque phrasé respire la musicalité, son hautbois, au vibrato léger, chante d’un timbre affirmé sans dureté, la cadence du premier mouvement en fut le témoin solaire. Le plaisir de la langue savoureuse de Mozart est total, le deuxième mouvement accompagné avec délice par un Orchestre de la Suisse Romande suspendu à l’anche d’Alexeï Ogrintchouk…  On aura pu apprécier au passage la justesse et l’extrême délicatesse des deux cors, et regretter ça et là, peut-être, des basses un peu massives dans les reprises, même remarque pour les premiers violons : art extrêmement délicat que celui de l’équilibre entre entrain et précipitation, raffinement et affectation, jubilation et manque de nuances… Maudite tendance au retour au confortable mais inintéressant mezzo-forte/forte!  

Après un passage dans les salons dorés, on entreprend une petite partie de chasse avec les deux cors et les deux hautbois royaux dont on ne peut que saluer le charme et la musicalité.  Ce Mozart aura emporté totalement l’adhésion, son aspect jubilatoire ainsi que le timbre et la gamme de nuances du soliste auront galvanisé les troupes et le public !

La soirée se termine donc, orchestre au complet, par deux extraits de Má vlast de Bedřich Smetana, et dont la Moldau sinueuse est certainement la pièce la plus fameuse de l’opus… On y découvre les vastes phrases lyriques rendues merveilleusement par un Orchestre de la Suisse Romande en grande forme sous la baguette de Jakub Hrůša, chef principal du Philarmonique de Prague,et de l’Orchestre Métroplitain de Tokyo, qui obtient de l’orchestre de belles nuances et a servi avec maestria Martinu et Smetana, Mozart ayant peut-être pu gagner en légèreté.