À l’heure où les restrictions sanitaires planent sur la plupart des spectacles européens, Monaco a fait le choix de maintenir les représentations initialement prévues. Ainsi a pu se tenir l’édition 2021 du festival Printemps des Arts, le tout dans un fin respect des gestes barrières. Au programme du concert du jour dans l'Auditorium Rainier III : création de Gérard Pesson et œuvres de la Seconde École de Vienne, interprétées par les éminents Vincent Lhermet, Bertrand Chamayou, Renaud Capuçon et l’ensemble Les Siècles.

Vincent Lhermet
© Alice Blangero

En ce samedi après-midi, le rideau se lève sur l’imposant orchestre conduit par François-Xavier Roth, dont l’allure enjouée traduit, après de nombreux mois de concerts à huis clos, la joie communicative de se produire à nouveau en public. Le spectacle s’ouvre sur la création mondiale du Chant en morse durable de Gérard Pesson, composé à la demande de l’accordéoniste Vincent Lhermet. Dès les premières notes, le soliste se montre éloquent et formidablement attentif à la direction du chef. Sa dextérité, ainsi que sa large palette de modes de jeu séduisent rapidement l’audience. Véritable résonateur de l’instrument principal, l’orchestre, fluide et éthéré, se révèle être un soutien sans faille à l’expression poétique inhérente à l’œuvre. Le tout est méditatif et finement exécuté.

Tout entracte étant impossible, le changement de plateau s’effectue sous les yeux des spectateurs. L’ensemble pénètre à nouveau sur scène, revêtu d’instruments datant du début du XXe siècle. C’est alors sous les auspices d’une interprétation historique que résonnent les premières sonorités du Kammerkonzert d’Alban Berg. On y découvre un chef au geste sobre, raffiné et précis, qui, n’utilisant pas de baguette, parfait sa gestion expressive du bout des doigts. Le piano de Bertrand Chamayou est clair, intelligible et intelligent : il sait se faire présent sans recouvrir les autres timbres. Personnage central de l’histoire, le violon de Renaud Capuçon est quant à lui passionné et paré d’un vibrato des plus démonstratifs. Il se distingue par une position mouvante, à la fois souple et engagée, impliquant une forte avancée du haut du corps et des muscles fléchisseurs aux aguets. Appliqué, il fait preuve d’une grande maîtrise technique et incarne son discours avec toute l’exaltation qui le caractérise. Du côté des vents, on salue les textures d’ensemble, particulièrement équilibrées, précises et mesurées. Si lors des quelques passages à découvert, la flûte manque légèrement de puissance dans les tenues, cette dernière fait preuve d’une qualité d’écoute remarquable.

Bertrand Chamayou, Renaud Capuçon, François-Xavier Roth et Les Siècles
© Alice Blangero

Le concert se termine avec la transcription pour orchestre du Quatuor avec piano en sol mineur op. 25 de Brahms, réalisée par Schönberg. Les premières mesures dévoilent une interprétation fondée sur l’ampleur et la générosité. En effet, les textures sont chaudes et réconfortantes ; l’exécution tout en rondeur permet aux musiciens d’illuminer la sensibilité de l’écriture brahmsienne. Toute cette abondance a néanmoins tendance à rendre l’ensemble quelque peu lisse et pompeux. Fort heureusement, l’arrivée du troisième mouvement vient rompre l’uniformité instaurée : ainsi apparaissent d’intenses vagues de dynamiques, apportant tout le relief qui manquait alors. On comprend dès lors la stratégie mise en place par les musiciens, spécifiée par le choix de réserver le déferlement des passions à la toute fin de l’ouvrage, garantissant de la sorte un finale grandiose, salué par de longues minutes d’acclamations triomphales.

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