Plutôt discret et raffiné, préférant miser sur les jeunes talents que sur les grosses vedettes, le Festival de l’Été mosan fête cette année ses 50 ans. Depuis toujours, l’accent y est mis sur la musique ancienne et la musique de chambre. De la mi-juillet à la fin août, la programmation de cette année prévoit pas moins de 17 concerts dans quelques-uns des plus beaux sites du patrimoine mosan : églises, fermes, abbayes ou châteaux, permettant de combiner le plaisir d’entendre du répertoire et des interprètes de qualité à celui de la découverte de lieux pleins de charme et en dehors des sentiers battus.
C’est à Dinant, dans la belle cour du vaste domaine du Prieuré d’Anseremme (qui est plutôt un imposant château-ferme), qu’a été dressée une scène surmontée d’une espèce de baldaquin pour accueillir une fine équipe de chambristes dans deux des plus beaux quatuors pour piano et cordes du répertoire romantique : l'opus 47 de Robert Schumann et l'opus 25 de Johannes Brahms.
Dès l’entame du Quatuor de Schumann, on se rend compte que l’on a affaire ici à des artistes sincères et totalement impliqués, même s’il est évident que les tempéraments des musiciens réunis dans cette formation de circonstance différent parfois fortement. On apprécie directement le violon aussi subtil que passionné d’Elsa de Lacerda comme la fermeté inébranlable du violoncelliste Kacper Nowak.
Quant à l’énergique altiste hongkongaise Elaine Ng – co-chef de pupitre du Antwerp Symphony Orchestra, remplaçant aujourd'hui Sindy Mohamed absente pour cause de maternité –, elle saisit chaque occasion que lui offre la partition de briller, faisant montre d’une sonorité plus gutturale que veloutée qu’elle met au service d’un tempérament de feu.
Au clavier, Aline Piboule est tout simplement remarquable. Disposant d’un magnifique Steinway parfaitement réglé, elle impressionne par sa façon de combiner liberté et discipline. On admire l'aptitude qu’elle a de ne jamais corseter son jeu tout en ayant les plus grands égards pour les instruments à archet que le piano ne couvre jamais. Qui plus est, elle a une façon de toujours relancer voire propulser le discours musical, et ce sans jamais tirer la couverture à elle. Au-delà de ces qualités de vraie chambriste, c’est une pianiste hors du commun qu’il nous est donné d’entendre : servie par un emploi d’une rare subtilité de la pédale, chaque note sonne avec ce perlé qui rappelle irrésistiblement Vlado Perlemuter dont elle semble aussi avoir hérité de l’infinie subtilité du phrasé. Mais jamais elle ne se met indûment en évidence, s’insérant parfaitement dans cette équipe de haut vol.
On apprécie beaucoup la façon dont les quatre musiciens gèrent la dialectique tension-détente si importante chez Schumann. Après avoir fait admirer une calme maîtrise dans le scherzo, Elsa de Lacerda sait aussi se montrer intense et chaleureuse dans l’« Andante cantabile » où le violoncelle de Kacper Nowak chante avec autant de profondeur que de sensibilité. Et c’est un finale énergique et joyeux que nous donnent les quatre protagonistes.
Les quatre complices d’un jour déploieront les mêmes qualités dans le monumental Premier Quatuor pour piano et cordes de Brahms. L’« Allegro » introductif est passionné et puissant, et Elaine Ng y est particulièrement convaincante. L’« Intermezzo » amène un moment de respiration bienvenu, marqué par le jeu filigrané de la pianiste. Après un « Andante con moto » joué avec sentiment, mais sans épanchements superflus, Aline Piboule transforme son Steinway en piano-cymbalum de rêve et les archets se montrent plus tziganes que nature dans un étourdissant « Rondo alla zingarese ». Brillamment enlevé, sans une once de lourdeur ou de brutalité, ce finale vaudra aux interprètes un succès amplement mérité.


















