Le Quatuor Parisii nous a proposé, à la Salle Pasteur du Corum à Montpellier, l'audition du Quatuor à cordes n° 5 de Régis Campo (né en 1968) encadré par le Quatuor Op. 18 n° 1 de Beethoven et le dernier quatuor à cordes de Schubert en cette fin d'après-midi du 28 Novembre. Deux symboles essentiels de cette programmation musicale : un premier quatuor de Beethoven témoignant de l'héritage Haydnien et Mozartien, et le dernier quatuor de Schubert créé par le fidèle compagnon de Beethoven, le quatuor Schuppanzigh.

Quatuor Parisii
Quatuor Parisii

L'interprétation du premier quatuor Op. 18 par le quatuor Parisii nous saisit dès le départ par son homogénéité et la pâte sonore d'ensemble qu'ils parviennent à projeter avec précision et subtilité. Une qualité timbrique qui traduit l'expérience et la maîtrise du genre nous rappelant que la quintessence de l'interprétation d'un quatuor à cordes est la perception même d'un seul et unique timbre globalisant. Le quatuor Parisii nous convainc également par la cohérence d'ensemble de son interprétation et par la complicité des musiciens participant à des dialogues instrumentaux d'une précision remarquable. Un début de concert à la hauteur du génie de Beethoven qui est encore en germe dans ce quatuor marqué de l'empreinte d'Haydn et de Mozart tout en annonçant l'ensemble du monument des quatuors à cordes de Beethoven, traumatisant des générations de compositeurs à venir.

C'est le cinquième quatuor « Fata Morgana » de Régis Campo que le quatuor Parisii a choisi de nous proposer ensuite. L'excellence des musiciens parvient à défendre cette œuvre en cultivant un son d'ensemble toujours aussi saisissant et dont le travail sur le timbre semble être un des fils conducteurs du projet compositionnel. L'usage d'un papier d'aluminium apposé sur les chevalets des quatre instruments afin de modifier leurs timbres parvient à nous convaincre de son intérêt musical différemment selon les instruments. En effet, son utilisation sur le violoncelle est particulièrement intéressante et présente un matériau compositionnel embryonnaire alors que le résultat est moins convaincant sur les autres instruments. De plus, la trajectoire d'ensemble du discours musical de l’œuvre est malmenée par diverses juxtapositions et réitérations trop saillantes. A se demander si l'ajout du papier d'aluminium ne peut être considéré simplement comme un artifice, lorsque l'on découvre, au moment où ils le retirent un travail sur le timbre beaucoup plus intéressant et favorisé par l'écriture du compositeur. La pâte sonore, le langage et les structures rythmiques participent à l'audition d'un son d'ensemble nous évoquant parfois un orgue à bouche et un glassharmonica, preuve d'un travail d'ensemble remarquable de la part des interprètes, et d'une idée compositionelle qui aurait pu être le moteur de l'ensemble de la pièce. C'est davantage l’œuvre en elle-même qui n'est pas au rendez vous, une construction par fragments générant une cohérence d'ensemble peu convaincante tout en proposant un travail rythmique intéressant mais bien moins avancé que chez les répétitifs. Nous aurions pu souhaiter, devant le nombre d’œuvres écrites pour le quatuor à cordes aujourd'hui, un choix plus judicieux au sein des œuvres contemporaines.

C'est par le dernier quatuor de Schubert que s'achève cette fin de journée autour du quatuor à cordes. C'est justement le quatuor Schuppanzigh qui créa le dernier quatuor de Schubert en 1850. Le lien avec Beethoven se fait donc également par les interprètes, compte-tenu du lien très étroit qu'entretenaient les membres du quatuor Schuppanzigh avec Beethoven. Malgré une interprétation relativement convaincante et une complicité toujours remarquable, l'ensemble de l’œuvre est moins maîtrisé et perd progressivement en cohérence. L'enjeu principal de ce concert, après une interprétation aussi remarquable du premier quatuor de Beethoven, était de parvenir à garder tout le long de la représentation une qualité aussi élevée que celle offerte dès le départ.

Une pâte sonore d'une identité remarquable, une écoute d'ensemble et une complicité saisissantes, l'interprétation du premier quatuor de Beethoven était telle qu'ils ont accru dès le départ notre niveau d'exigence, qui s'en voit ensuite légèrement déçu.