Mardi dernier, dans le petit écrin de la salle Gaveau, c’est un public de connaisseurs qui est venu écouter la mezzo-soprano Karine Deshayes et le baryton Jean-Sébastien Bou accompagnés par le pianiste Jeff Cohen. Dans le hall d’entrée ou dans l’escalier, certains fredonnent, d’autres nomment les artistes par leur prénom ou commentent longuement le concert – ce qui, il faut bien le dire, n’arrive pas si fréquemment.

Karine Deshayes © Aymeric Girandel
Karine Deshayes
© Aymeric Girandel

Ce récital avait lieu dans le cadre de la première édition du Festival Mezzo. Jean-Sébastien Bou remplaçait le baryton Ludovic Tézier initialement prévu. La première partie du programme était consacrée au répertoire du lied et de la mélodie, puis venait une seconde partie dédiée à l’opéra.

Dès les premières mesures du duo Ich wollt’, mein lieb’ ergösse sich de Mendelssohn, nous regrettons que les deux voix ne s’accordent pas mieux : celle de Karine Deshayes s’avère plus large que celle de son partenaire. Jean-Sébastien Bou déploie en outre un jeu de nuances plus contrasté qui le place en retrait dans les passages piano. Si le duo In der Nacht de Schumann fait tout de même forte impression, l’art des deux interprètes se laisse mieux apprécier dans les lieder et mélodies à une seule voix. Karine Deshayes, avec son timbre clair et charnu, nous livre une interprétation sensible et toute intérieure du Ganymed de Schubert puis des Adieux de l’hôtesse arabe de Bizet. Jean-Sébastien Bou, quant à lui, fait montre de son tempérament chaleureux, incisif, et de toute sa palette de couleurs vocales dans les trois mélodies de Don Quichotte à Dulcinée de Ravel. Au piano, Jeff Cohen restitue remarquablement l’atmosphère propre à chaque pièce et en souligne les dynamiques.

Jean-Sébastien Bou © Mateja Lux
Jean-Sébastien Bou
© Mateja Lux

La seconde partie du concert commence de manière prometteuse avec le duo de Susanna et du Comte extrait des Noces de Figaro de Mozart. Dans le répertoire d’opéra où les chanteurs se glissent chacun dans la peau d’un personnage et où chaque partie vocale est plus différenciée que dans le lied, le concours de deux voix et de deux personnalités si différentes, cette fois, se révèle être un atout. Fins mozartiens, Karine Deshayes et Jean-Sébastien Bou sculptent intelligemment les contours de la ligne mélodique et savent donner vie à chaque nouvelle scénette.

Après Mozart vient le répertoire français. Karine Deshayes reçoit une ovation méritée pour son interprétation de l’air de Berlioz D’Amour, l’ardente flamme qui semble tout juste taillé pour sa voix. Puis c’est au tour de Jean-Sébastien Bou avec l’air moins connu d’Ambroise Thomas Comme une pâle fleur, idéal pour mettre en valeur son sens dramatique.

Le programme se termine dans une folle énergie et à grands coups de vocalises avec des extraits du Barbier de Séville de Rossini. C’est l’occasion pour le public d’entendre Karine Deshayes dans le rôle de Rosina qu’elle a chanté si souvent sur les plus grandes scènes. À Gaveau, les deux chanteurs peuvent compter sur le dévouement d’un Jeff Cohen se pliant à la moindre inflexion rythmique et leur plaisir à tous trois est fort communicatif.

La soirée nous réservait encore un grand moment, mais pas tout à fait de la manière attendue. Lors du bis, Jeff Cohen ayant oublié ses partitions dans sa loge, nous assistons, entre perplexité et hilarité, à quelques allers-retours sur scène pour remédier au problème. Nous pouvons assister finalement à une interprétation espiègle de La ci darem la mano de Mozart suivie d’une sensuelle Barcarolle de Gounod, le tout dans une ambiance très conviviale. 

***11