Pour débuter cette soirée consacrée à Saint-Saëns, l’Orchestre national de Lyon nous fait entendre deux œuvres symphoniques. La première, la Marche héroïque, a clairement un caractère triomphal, mais laisse aussi aux différents groupes d’instruments des séquences mélodiques, dont celle du trombone solo particulièrement remarquable. L’ONL nous offre une version sans lourdeur ni caricature, toute en délicatesse.

Leonard Slatkin © Donald Dietz
Leonard Slatkin
© Donald Dietz

La seconde, la Danse macabre, n’a pas connu à sa création le succès populaire qu’elle a aujourd’hui. Il est vrai que l’entrée en matière est assez déstabilisante : le violon solo, désaccordé, fait résonner un accord grinçant, strident. Puis intervient le xylophone, le symbole sonore du cliquetis des os des squelettes. Le rythme est vif et entraînant, de temps à autre interrompu par les accords du violon solo. La danse reprend de plus belle, et au-dessus virevolte la mélodie mélancolique jouée par le soliste. Quel plaisir d’entendre le violon sonner dans ses graves et pas seulement comme un instrument virtuose ! On s’imagine parfaitement sombrer dans une douce folie dansante autour d’un feu de joie, avant de revenir à la raison avec l’aube naissante…

Nous retrouvons toute la palette du violon dans la suite du programme, avec la Havanaise puis l’Introduction et Rondo capriccioso, deux œuvres pour violon solo et orchestre.

Daniel Lozakovitj © A Wang
Daniel Lozakovitj
© A Wang
Daniel Lozakovitj entre en scène pour rejoindre l’ONL, désormais en effectif réduit. Malgré sa jeunesse, le violoniste de 14 ans force le respect et l’admiration. Non seulement le jeu est parfait mais il est aussi infiniment sensible et teinté de nombreuses émotions.

Dans la Havanaise, un dialogue s’instaure entre le thème au rythme dansant et balançant, à la fois précis et pourtant si déstabilisant pour l’auditeur qui perd ses repères, et des digressions virtuoses qui exploitent toutes les sonorités du violon. Le voyage parmi les sonorités de l’instrument est complet.

L’Introduction et le Rondo capriccioso débute en douceur. Sur un tapis de cordes vient se greffer la mélodie développée par le soliste, aux allures de méditation. À cette douceur fait suite des élans vifs et virtuoses, ponctués de syncopes, de doubles cordes et de traits à couper le souffle. Rien ne semble perturber le jeune soliste, il enchaîne avec brio les écueils et les interprète avec profondeur et souplesse. Du grave aux aigus éclatants, des arpèges aux double cordes, nous sommes éblouis par les variations qui se succèdent avec énergie. Cette œuvre capricieuse se termine par un dialogue entre l’orchestre et le soliste, puis les sons s’entremêlent pour un final éclatant.

Après ces performances, retour sur le devant de la scène de l’orchestre dans sa forme symphonique, que viennent compléter l’orgue et le piano pour la Symphonie n° 3 op. 78.

Dans les deux mouvements de la symphonie se retrouvent des thèmes mélodiques qui circulent d’instruments à d’autres, et des traits caractéristiques à l’écriture du compositeur. Les doubles croches staccato et syncopées sont nombreuses parmi les motifs développées, interprétées avec énergie et fougue par l’orchestre. Contre toute attente, l’orgue fait son entrée en douceur et donne une couleur moelleuse et feutrée à un passage plus lent.

Le second mouvement renoue avec des thèmes qui ne manquent pas de rappeler quelques passages de la Danse macabre. On entend par ici une cavalcade, par là des envolées lyriques, tout ceci dans une atmosphère aux élans fantastiques. Petit à petit l’orchestre monte en puissance, jusqu’à l’entrée fracassante de l’orgue, aux tons cette fois plus tonitruants. L’orchestre répond, puis tous les instruments se fondent pour entamer le final. On retrouve les thèmes récurrents de la symphonie, ornementés de détails propres au compositeur. Ainsi, au détour de cet énorme crescendo apparaît soudain un motif ondoyant et voluptueux au piano, réminiscence pour l’auditeur de la célèbre pièce « L’Aquarium ».

Le paroxysme sonore de l’œuvre est atteint dans une coda où toute la puissance de l’orchestre accompagné de l’orgue s’exprime : les deux se mêlent, sans pour autant que l’un recouvre complètement l’autre. Dans cette course vers l’accord final, aucun répit n’est accordé, et rarement nous pouvons assister à une telle démonstration de force sonore où les cuivres, les cordes et les autres instruments de l’orchestre tentent avec ferveur de déployer autant d’intensité que l’orgue, et ce avec succès.

Le jeu a l’effet escompté, la symphonie laisse une forte impression sur son auditeur, d’autant plus quand elle s’est construite et déployée sous ses yeux.

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