Spitalfields Music propose de nombreuses activités tout au long de l’année, notamment divers ateliers destinés aux enfants ; mais le point culminant de la saison est le Spitalfields Music Summer Festival, qui avait lieu cette année du 2 au 16 juin. Pour clore le festival en beauté, le City of London Sinfonia a conclu son propre cycle “Compositeurs émigrés” par un concert célébrant le Londres georgien du 18e siècle. Au programme : Haydn, J. C. Bach, Mozart et Haendel, avec le concours du chœur Polyphony et du baryton Ashley Riches. Le chef Stephen Layton a su restituer le caractère plaisant, insouciant, délassant du répertoire de cette époque : un véritable divertissement qui nous soulage des tracas du temps présent, l’espace de quelques heures.   

Ashley Riches © Debbie Scanlon and Ben Cole
Ashley Riches
© Debbie Scanlon and Ben Cole

Londres a connu un essor sans précédent au 18ème siècle, au niveau économique, commercial, démographique, culturel. Il est tout naturel que cette situation attractive ait incité de nombreux musiciens, interprètes comme compositeurs, à venir chercher gloire et fortune dans une capitale où les artistes émigrés étaient particulièrement appréciés. Ainsi, Haydn a séjourné à Londres à deux reprises, des années après y avoir déjà gagné une solide réputation. C’est à l’occasion de ces deux voyages qu’il a composé les douze symphonies dites londoniennes : ce soir, le City of London Sinfonia nous offre la Symphonie n°101 (1794), dite “L’Horloge”. La belle énergie qui anime l’orchestre du premier au dernier mouvement fait ressortir toute la joie intrinsèque à cette musique ; les instrumentistes jouent avec aisance, tantôt pleins de vigueur, tantôt mus par la délicatesse du passage (par exemple dans le 2ème mouvement caractérisé par le fameux ostinato rythmique aux cordes). Les contrastes de nuances sont impeccables, tout comme les respirations marquées plus spécifiquement par Stephen Layton dans le Menuet ternaire. L’intensité du propos est portée à son comble dans le glorieux Finale.

Le plus jeune fils de Johann Sebastian Bach, Johann Christian Bach, arrive pour sa part à Londres en 1762, où il devient peu de temps après Maître de musique de la reine Charlotte (épouse de George III). L’une de ses spécificités est d’exceller dans le genre de la symphonie concertante, qui se trouve comme son nom l’indique à mi-chemin entre la symphonie et le concerto. La Symphonie concertante en mi bémol majeur WC41 permet aux vents de se mettre en valeur en tant que solistes successifs (flûte, clarinette, basson), debout derrière les cordes qui relancent le dialogue. La configuration spécifique au genre atteste de l’excellent niveau des musiciens, tous alertes, véritablement intéressés par la partition qu’ils donnent à entendre et dont ils parviennent à incarner les détails stylistiques les plus subtils. La résonance se révèle un élément acoustique idéal pour magnifier l’alternance entre mélange et différenciation des timbres ; l’œuvre se déploie avec une facilité délicieuse, déversant sa tendresse et son originalité grâce à l’investissement musical constant de chacun des interprètes.

Après l’entracte, en guise d’introduction au Te Deum avec chœur, le City of London Sinfonia joue la courte Symphonie n°4 K19 de Mozart (1764), probablement écrite à quatre mains avec son père Leopold. La pièce, de facture très classique, présente une noblesse de caractère et une évidence dans la progression de la mélodie qui en fait une miniature tout à fait divertissante. Vient ensuite le clou de la soirée, le Te Deum HWV283 de Haendel (1743), composé pour célébrer la victoire militaire de l’Angleterre face à la France à Dettingen. Le chœur Polyphony, quasi omniprésent au contraire du soliste qui n’apparaît que pour trois airs, émerveille par la pureté de sa sonorité, très homogène, ronde et pleine sans être lisse, au contraire émaillée de magnifiques couleurs. Le pupitre des sopranos en particulier est impressionnant de précision et de clarté, mais il n’y a aucun déséquilibre avec les autres voix qui sonnent avec une sorte de ferveur humble. L’alto (choriste femme) qui chante les quelques parties solistes précédant les entrées du chœur pose un timbre assuré, direct et convaincant. Le baryton Ashley Riches, seul soliste à part entière, s’illustre par une voix suave, maîtrisée, au charme certain, malgré un investissement de la narration moins prononcé que Polyphony. Si on passe outre de tous petits moments de flottement (vocalises un peu étouffées pour le chœur, phrasé rompu pour le soliste), l’ensemble s’avère remarquable, d’autant que Stephen Layton s’efforce de présenter chaque numéro en fonction de ses spécificités expressives, tout en construisant une progression de la première à la dernière note. Difficile de ne pas se laisser conquérir de bon gré...

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