Lundi 24 août devait se tenir un récital de la mezzo soprano Sarah Connolly avec le baryton Markus Werba, accompagnés par le pianiste Julius Drake. Malheureusement, suite à des imprévus de santé, un changement s’est opéré dans la programmation et les deux chanteurs ont été remplacés par la soprano Birgid Steinberger et le baryton Thomas E. Bauer pour un programme quasiment identique à celui prévu à l’origine. Il faut dire qu’il s’agissait en réalité d’une première moitié des « Lieder aus dem Jahr 1815 » dont la seconde partie était prévue pour le lendemain à 20h. Malheureusement, à la déception de l’annulation de Sarah Connolly s’ajoutait celle d’une prestation assez moyenne.

Thomas E. Bauer aux Schubertiades de Schwarzenberg © Marco Borggreve
Thomas E. Bauer aux Schubertiades de Schwarzenberg
© Marco Borggreve

Tout le monde le sait, la musique est une histoire d’alchimie, une magie qui prend sans explication rationnelle à la chose. Il faut un équilibre (pas forcément une perfection, loin de là : les imperfections peuvent parfois participer à la réussite), mais il faut aussi et surtout une étincelle qui prend. Malheureusement, ce ne fut pas le cas ici.

Tout y était pourtant : belles voix de ténor et de soprano, bon pianiste, bonnes techniques vocales et instrumentales… mais pas d’alchimie.

La première partie est belle mais n’emporte pas, on s’ennuie presque. L’atmosphère semble froide et l’attaque directe du concert n’aide pas non plus à créer une ambiance chaleureuse. L’acoustique excellente de l’Angelika Kauffmann Saal permet cependant d’entendre magnifiquement les voix de Birgid Steinberg et de Thomas E. Bauer qui débutent par un court duo, An den Frühling. Les deux chanteurs poursuivront ensuite en alternant (seul un autre duo est à noter dans cette première partie, Selma und Selmar). La douzaine de lieder s’enchaîne donc de façon assez mécanique malgré l’investissement visible et notable des trois artistes.

La seconde partie s’ouvre avec Stimmer der Liebe, Sehnsucht der Liebe, Der Jüngling am Bache et Des Mädchens Klage interprétés par Birgid Steinberger qui offre au public quelques regards complices et commence à créer un semblant de lien. La salle réagit, mais ce n’est pourtant toujours pas ça malgré l’amélioration notable. Thomas E. Bauer prend ensuite place pour quatre airs également dont le premier, Skolie, est bref et joyeux. Un écart commence à se faire sentir de façon plutôt marquée entre le baryton et la soprano, le premier emportant plus aisément l’auditoire. Sa prononciation et son interprétation permettent d’adhérer à toute la délicatesse de la partition et du texte de Das gestörte Glück (Körner), D 309. Difficile tout de même de se sentir pleinement emporté ou convaincu…

Suivent ensuite deux lieder par la soprano, Lambertine et Liane, un autre chanté par le baryton, An den Mond, avant de conclure le programme par un dernier duo, Hektors Abschied (Schiller). Un unique bis est finalement chanté.

Difficile donc d’expliquer l’échec de ce concert, aucune faute notable n’ayant été commise. Certainement ne manquait-il qu’une adhésion commune, une complicité partagée malgré les efforts et les tentatives des trois artistes. La magie n’était définitivement pas au rendez-vous cette après-midi…