Pour clore sa toute première saison TranscenDanses, le Théâtre des Champs Elysées accueille Still Current du chorégraphe britannique Russel Maliphant et du scénographe Michael Hulls. Ce programme présente cinq extraits des principales créations de Russel Maliphant et revient sur son attention singulière à la lumière, composante à part entière de son art.

Avec Still, premier tableau de ce spectacle, Russel Maliphant offre une pièce de choix à Dickson Mbi, danseur à la technique hybride et originale. Initialement formé aux danses urbaines popping et boogaloo, il s’initie sur le tard à la tradition contemporaine, avant d’intégrer la Russel Maliphant Company. Still s’amuse à faire parler cette origine mâtinée, en alternant saccades et fluidité du mouvement. La lumière fixe entrecoupée de flashs intermittents amplifie cet antagonisme du mouvement.  

Carys Staton & Adam Kirkham © Warren Du Preez & Nick Thornton Jones
Carys Staton & Adam Kirkham
© Warren Du Preez & Nick Thornton Jones
D’Afterlight, l’une des œuvres les plus touchantes du chorégraphe, nous n’avons qu’un extrait, « Part One », interprété avec sensibilité par Thomasin Gülgeç. Créée à l’occasion d’une rétrospective sur les Ballets Russes et Diaghilev au Sadler’s Wells (Londres), la composition s’inspire de photographies et de dessins du danseur Nijinski pour nous proposer une variation abstraite à la mémoire de cet artiste-idole. Sous un projecteur, une silhouette tourne sur elle-même, mimant la nonchalance poétique du geste du Spectre de la Rose. Le mouvement ne s’interrompt jamais, tel le souvenir, et nous berce avec douceur au rythme intime des Gnossiennes d’Erik Satie.

Two contrecarre l’éther délicat d’Afterlight, avec la musique plus electronique d’Andy Cowton. Initialement chorégraphiée pour l’inénarrable Sylvie Guillem, la pièce est ici reprise par Carys Staton. Enfermé dans un cercle de lumière, le corps cherche à franchir cette frontière avec d’inlassables répétitions de mouvements, toujours plus rapides.   

Là où la première partie du spectacle tenait le public en haleine avec de fortes variations d’intensité, la seconde partie s’engouffre dans une voie plus abstraite avec les compositions Critical Mass et Still Current.

La première réunit Dickson Mbi et Thomasin Gülgec, dans un duo qui reprend en partie les ingrédients de Two : répétition d’un même motif avec différentes puissances et qualités. On retrouve encore le projecteur central, statique et blafard, qui baigne la scène d’un soupçon d’irréalisme.

Le programme de la soirée Still Current s’achève enfin par la création éponyme de Russel Maliphant. Retiré de l’affiche pour cause de blessure, le danseur-chorégraphe cède sa place à l’artiste cubain Alexander Varona, accompagnée de Carys Staton. Pour la première fois, le faisceau de lumière, qui éclairait jusqu’alors le centre de la scène, se dilate pour envelopper un espace plus grand. Le couple évolue dans cet espace étendu, avec un vocabulaire qui reste proche des précédents extraits. Très étiré et abstrait, ce dernier morceau manque néanmoins d’un peu de ferveur et ne parvient pas à apporter un point final à la hauteur d’Afterlight et de Still

Si le spectacle est l’illustration de la collaboration prospère entre Russel Maliphant et Michael Hulls, on pourrait reprocher à ce dialogue entre danse et lumière de ne pas assez évoluer d’une pièce à l’autre. Si la lumière s’électrise parfois de faisceaux stroboscopiques, jette des halos hâves sur les corps, effile les silhouettes et prolonge les mouvements, la scénographie reste immuable. Tout n’est que dénuement et pénombre, percée d’impitoyables projecteurs blancs.

Chorégraphie et mise en scène tendent ainsi à se décanter au fur et à mesure de l’enchaînement des pièces, avec un éclairage plus paisible et une danse toujours plus ample. Mais ce retrait discret laisse d’autant plus de place à l’expression des qualités et de la diversité des danseurs de la Russel Maliphant Company. 

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