Le chorégraphe londonien Wayne McGregor est de retour à l’Opéra de Paris pour présenter Tree of Codes, en collaboration avec le compositeur électro Jamie xx et le plasticien Olafur Eliasson. Cette nouvelle création des plus hype transfigure le Palais Garnier en une vitrine de la tendance hipster actuelle, pleine de rythmes et de couleurs. Mais aussi sympathique soit-elle à voir, la chorégraphie ne propose pas grand-chose d’autre que son caractère branché, purement décoratif, en fait de concept artistique. 

© Little Shao | Opéra national de Paris
© Little Shao | Opéra national de Paris
Co-création entre trois artistes contemporains, association de danseurs issus de l’Opéra de Paris et du Studio Wayne McGregor, Tree of Codes est la synthèse d’influences et de sources d’inspiration variées. Dans la continuité de ses précédentes recherches chorégraphiques, Wayne McGregor travaille sur les liens qui unissent danse et technologie. Dans Alea Sands, sa précédente production pour le Ballet de l’Opéra de Paris, des robots réagissaient à la musique en produisant des éclairages dynamiques. Ici, c’est Jamie xx qui s’appuie sur des logiciels de création musicale pour établir la partition de Tree of Codes.

Wayne McGregor explore également la notion de fragmentation, dans une comparaison lointaine (voire opportuniste, tant le lien semble hasardeux…) avec le livre-objet Tree of Codes de Jonathan Safran Foer, qui est le résultat du découpage et du collage aléatoires d’un recueil de nouvelles de Bruno Schulz. Un long détour pour justifier une démarche pourtant simple : Wayne McGregor a structuré sa nouvelle création en agençant ensemble des fragments chorégraphiques.

Marie-Agnès Gillot © Little Shao | Opéra national de Paris
Marie-Agnès Gillot
© Little Shao | Opéra national de Paris
Passé le traitement exagérément branché des costumes et tapageur du décor, on découvre plus de profondeur du côté de la mise en scène qu’il n’y parait d’emblée. Olafur Eliasson fait de la lumière une dimension structurante de la pièce : révélatrice du mouvement (dans un premier tableau où seules des ampoules cousues aux costumes des danseurs ne sont visibles), amplificatrice des perspectives et des gestes (grâce à des jeux de miroirs qui réfractent et dupliquent à l’infini les corps).

Cette conception originale des décors aurait cependant pu être travaillée avec plus de cohérence entre les différents intervenants : chorégraphe, compositeur et scénographe. On ressent vivement le manque de vision d’ensemble des trois artistes, dont les recherches menées en silo se superposent sans faire système. Le décor en particulier aurait pu fournir un intéressant support à la danse mais semble avoir été composé séparément. La chorégraphie du premier tableau, où le mouvement des danseurs surgit de la pénombre grâce aux ampoules attachées à leurs corps, ne joue pas spécialement avec le rendu des effets lumineux. De même, les interprètes n’exploitent pas le décor ni les mobiles d’une verrière qui tournoient autour d’eux. Ce manque d’interactions se retrouve jusque dans la chorégraphie, les danseurs fonctionnant en électrons libres.

© Little Shao | Opéra national de Paris
© Little Shao | Opéra national de Paris
La magnifique Marie-Agnès Gillot trône en reine en milieu de scène, sublimant le brouhaha chorégraphique dans ses déliés infinis, Jérémie Bélingard développe un langage propre dans son coin, Daniela Neugebauer et Fukiko Takase se perdent dans des pas-de-deux néoclassiques aussi techniques que déconnectés du reste de la scène.

Finalement plus ancrée dans son temps que dans une profondeur conceptuelle, la nouvelle création de Wayne McGregor, avec ses expérimentations futuristes sur la robotique et son côté excessivement hype, relève davantage de l’effet de mode que d’un travail de recherche chorégraphique.

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