Ce concert de musique des cathédrales d’Amérique latine et chants traditionnels des confréries dominicaines emmène le spectateur vers l’île d’Hispaniola, aujourd’hui en partie République Dominicaine. Terre de mixité culturelle, elle est à la fois l’endroit où fut construite la première cathédrale du Nouveau Monde, et celle de communautés africaines ayant gardé leurs langues et leurs musiques au sein de confréries ou hermandades. Aux chanteurs et musiciens de la Grande Chapelle répondent les membres du Grupo de Palos de Mandinga de Saint-Domingue. Leurs chants, accompagnés de longs tambours, célèbrent les fêtes des Saints et ont une place importante dans les rites funéraires. Les villancicos – plus tard interdits par l’Église – leur répondent. Le villancico est le genre le plus cultivé de la musique baroque espagnole. Provenant de la danse médiévale et abordant à l’origine des thèmes amoureux, il évolue et devient à la fin du 16ème siècle un genre religieux. Il est alors chanté dans les églises et cathédrales. Ces villancicos intègrent également des éléments de langage et le style musical des populations africaines sous le nom de vilancicos de negros ou guineos. Ils deviennent très populaires en Espagne et en Amérique latine aux 17ème et 18ème siècles  des deux côtés de l’Atlantique. Le concert donné à Vincennes permettait de confronter deux visions du monde, l’une baroque et l’autre afro-américaine : un dialogue plus qu’une confrontation, dont on pouvait cependant regretter des lacunes musicales.

Il se dégage en effet de ce concert une troublante impression : celle de deux compagnies qui collaborent le temps d’une soirée mais qui ne semblent pas avoir répété ensemble. On pourrait objecter que les styles sont profondément différents : aux voix cristallines et aux chants typiquement baroques de l’une - importance de la basse continue, du contrepoint, des harmonies et des ornements – répondent des voix graves et des roulements de tambour. Malheureusement la dissonance ne s’arrête pas là. Les tambours qui apparaissent dans la première partie de L’Hora santa : la Vierge sainte sont trop forts, masquant les voix. La voix d'Adela Lara montre quelques faiblesses dans le registre aigu et peine à poursuivre sa performance. Par conséquent, l'intonation souffre à plusieurs reprises et le professionnalisme du Grupo de Palos de Mandinga est mis à l'épreuve.

Si la Grande Chapelle semble s’échauffer dans la Première partie de l’Hora Santa, elle atteint une certaine perfection vocale dans La Fête de la Nativité dans les cathédrales de la Deuxième partie de l’Hora santa. Les sopranos Maria Eugenia Boix et Lina Marcela Lopez montrent une grande maîtrise et une tenue dans les aigus pendant que le contraténor David Sagastume laisse une forte impression par une interprétation de grande qualité. Le contraste n’en est que plus brutal lorsque répond le Grupo. Les voix manquent de force et le manque de justesse se fait à nouveau entendre.

Ce concert fait découvrir un pan peu connu en France de la musique baroque. Il est dommage que les différences de maturité artistique des deux compagnies l’impactent.

***11