Belle soirée romantique à laquelle nous conviait l’Orchestre de la Suisse Romande, peuplée de chefs-d’œuvre du Romantisme : Wagner, Elgar, Strauss !

Andreas Brantelid © Marios Taramides
Andreas Brantelid
© Marios Taramides

En amuse-bouche, rien de moins que l’Ouverture de Lohengrin ; quelle sublime musique, comme enfantée par des résonnances de violons éthérées. Le chef slovène Marko Letonja, à la silhouette gigantesque, dirige ce rêve en musique du bout des doigts. Suivi par un Orchestre de la Suisse Romande aux aguets, il fait preuve d'une grande sensibilité dans cet univers onirique à souhait, étiré à l’envi. Car Wagner sait, comme peu, faire monter en puissance le désir et les émotions, en d'incessantes vagues ; un bel entremet des plaisirs qui allaient suivre.  

C’est dans une sombre introduction d’un lyrisme poignant du violoncelle que nous entrons en prise directe avec le Concerto en mi mineur op. 85 d’Edward Elgar. Andreas Brantelid, jeune prodige suédois et danois, élancé, svelte, aux mèches dorées, a tout du prodige. Son parcours est parfait: Lauréat du Concours de l’Eurovision pour Jeunes Musiciens en 2006, du Concours International de Violoncelle de Paulo en Finlande, du Prix Carl Nielsen à Copenhague. Il a même joué avec les plus fameuses phalanges.  

Nonobstant ce parcours brillant, le violoncelliste laisse béat d’admiration tant il fait preuve de naturel. Il vit tout entier la musique, tantôt s’inspirant de ses collègues, suivant un chef particulièrement attentif, se montrant un accompagnateur merveilleux. Il suscite chez l’Orchestre de la Suisse Romande mille et une nuances. Le son d’Andreas Brantelid trouve un équilibre entre des graves sombres et charnus et un médium riche ; tel un beau nuage noir, il propose un beau romantisme juvénile au lyrisme d’Elgar.

L’œuvre offre à entendre la large palette expressive du jeune soliste ; tantôt enjoué et espiègle, tantôt romantique, il se joue de toutes les difficultés avec une aisance remarquable. Andreas Brantelid choisit toujours la musicalité à l'esbroufe. On reste admiratif devant l'impression de sensibilité fragile - malgré la virtuosité -, qui ne manque pas de susciter beaucoup d’émotions musicales.

L’Adagio permettra d’entendre le romantisme touchant mais sans excès du concertiste, dans un dialogue incessant avec l’Orchestre de la Suisse Romande. On a senti, du public, le regard particulièrement attendri du pupitre de violoncelles, manifestant son admiration pour un si jeune talent. La direction du Maestro Letonja, soucieux de maintenir les équilibres, n’aura cessé de mettre en valeur le soliste ; une belle aventure collective, assurément.

La deuxième partie de concert était entièrement dédiée à Richard Strauss. En guise d’ouverture, la très belle Suite du Chevalier à la Rose op.59 a donné à entendre des pupitres de cuivres et de cors de toute beauté, en particulier dans l'introduction.

La présentation de la rose fut délicieusement servie par un hautbois très sensible. Nous avons également été envouté par cette valse, ornée de belles interventions du violon solo de Bogdan Zvoristeanu, et par la musicalité du violoncelle de François Guye. Voici un musicien qui nous offre depuis plusieurs années le son mordoré de son violoncelle. Nous avons également apprécié les mélismes des cors dans le célèbre trio, tout en regrettant l’absence des voix qui portent prodigieusement le texte d’Hofmannsthal, dans l’opéra dont est tirée cette suite pour orchestre.

Le concert se clôturait par Till Eulenspiegels lustige Streiche op.28, qui fit resplendir les mêmes qualités de vents colorés, de cuivres étincelants. Mais la masse énorme de l'orchestre creusait un sillon toujours plus important, qui nous avait échappé dans Elgar. Des saturations dans les nuances amoindrissaient l’édifice. Il n'en reste pas moins qu’on continue d’admirer l’esprit de ces vents qui ricanent de ci de là, de la clarinette roucoulante et charmeuse de Benoît Willmann, ainsi que de la somptuosité du cor de Jean-Pierre Berry.