Non content de proposer une farandole de concerts à Vézelay, en plein air ou dans la Basilique, les Rencontres musicales investissent également quelques églises alentour. C’est notamment le cas de l’église Saint-Germain-d’Auxerre de Vault de Lugny, de dimension plus modeste mais flamboyante par ses vitraux et ses reliefs intérieurs ornés. Changement de dimension, changement d’acoustique : la réverbération est ici moins envahissante, nécessitant un soutien vocal différent.

Vendredi après-midi, le chœur Ghislieri interprète un programme original créé à l’occasion du festival, conçu comme une réflexion autour de la paix : « Da pacem ». Il recouvre mille ans d’écriture chorale italienne autour de l’antienne du même nom, jusqu’à la composition d’aujourd’hui avec des œuvres de Davide Tramontano (né en 2001 !) et Matteo Magistrali. Ce dernier, également ténor de l’ensemble, a écrit des variations nommées « elaborazione » à partir du Da pacem originel. Par leur variété, à la fois quant à l’effectif mobilisé (tout le chœur ou certains pupitres) et quant à la méthode de composition (dissonances plus ou moins prononcées, prégnance ou non de cellules rythmiques), elles apportent une mise en regard intéressante avec les autres œuvres du concert.
Variant les pièces avec un jeu de spatialisation étudié par rapport au lieu – allant jusqu’à utiliser la chaire – et convergeant toujours vers l’autel, les Ghislieri impressionnent par l’adaptabilité de leur jeu tout en conservant une expressivité et un sens du texte éloquents. Les entrées successives d'Ad Dominum cum tribulater d'Antonio Lotti sont réglées au cordeau, le Super flumina Babylonis de Palestrina est fluide à souhait tandis qu'O dolce Jesu de Bruno Bettinelli est un sommet d’émotion et de douceur.

Mais ce qui captive le plus, c’est l’alternance avec les passages de chant grégorien. Lors de ces derniers, le chef Giulio Prandi laisse la main à la basse Renato Cadel, spécialiste du répertoire, dont les gestes sont fascinants. Entre sensibilité et précision directive, sa main droite dessine la musique, jusqu’à la prononciation des consonnes en fin de vers et à la longueur des résonances. Le Miserere a 4 de Jommelli est un condensé de contrastes, entre strophes grégoriennes chantées par les pupitres masculins, passages solistes et tuttis puissants et foisonnants.
Le lendemain, Gli Angeli Genève investit le même lieu pour un programme autour du Salve Regina. La version de Johann Georg Albrechtsberger pour voix de basse uniquement est parfaitement mise en valeur par Stephan MacLeod qui, cumulant les casquettes de chanteur et de chef, dirige face au public. Sa voix puissante et chaleureuse souligne les contrastes de nuances tout en remplissant le volume de l’église. De contrastes il est également question dans le Salve Regina de Gregor Joseph Werner, entre tutti du chœur, d’une homogénéité probante, et parties solistes parfois très discrètes, le tout accompagné par un orchestre au jeu d’archet tout en vivacité et légèreté.

Ce concert est l’occasion de découvrir une partition exhumée récemment de la collection des Esterhazy : la Missa alla Zoppa de Werner, prédécesseur de Haydn à la cour du prince. La page est « casse-gueule » (dixit MacLeod) avec ses nombreuses syncopes, donnant lieu fatalement à un accident de parcours pris avec humour par le chef, incident ne sera peut-être pas étranger aux légers décalages des pupitres de l’orchestre dans la suite du programme, en particulier le Salve Regina de Haydn. On retient plutôt la prestation séraphique de la soprano Sofie Garcia, « madame Benedictus » après avoir brillamment interprété celui de la Petite messe d’orgue en si bémol majeur de Haydn en début de programme. La pureté de sa voix et la facilité des aigus achève de convaincre dans le Salve Regina de Mendelssohn. Remercions la providence pour la découverte de cette artiste, due au forfait de dernière minute d’une soprano du chœur !
Le voyage de Pierre a été pris en charge par les Rencontres musicales de Vézelay.
















