Midi. Sitôt arrivé en haut de la colline d’où Vézelay surplombe la Bourgogne, nous voici au cœur du festival en prenant en cours de route le premier concert gratuit du jour – les Rencontres musicales de Vézelay en proposent au moins deux par jour, le plus souvent sur la grande terrasse qui s’étend derrière la Basilique. Ces concerts accessibles à tous illustrent l’esprit du week-end : le spectateur fidèle comme le curieux de passage peut s’arrêter pour goûter l’éclectisme musical absolu et l’excellence artistique constante de la programmation, en même temps qu’un verre pris à la buvette ou qu’un encas commandé à l’un des foodtrucks.

Walid Ben Selim et Marie-Marguerite Cano sur la terrasse de la Basilique © Rencontres musicales de Vézelay / Vincent Arbelet
Walid Ben Selim et Marie-Marguerite Cano sur la terrasse de la Basilique
© Rencontres musicales de Vézelay / Vincent Arbelet

Immobile sur sa chaise, Walid Ben Selim chante des poèmes du Moyen-Orient remontant au IXe siècle. La douceur habitée de la voix du chanteur marocain provoque le silence et l’introspection et se mêle inextricablement aux arabesques de la harpe de Marie-Marguerite Cano, dont la conduite de la ligne de basse est hypnotique. Le lendemain à la même heure, l’ensemble The Modal Experience emmené par Keyvan Chemirani restera dans la même zone géographique mais l’ambiance sera toute autre. De longs passages exclusivement instrumentaux permettent d’apprécier la complémentarité du rythme des percussions iraniennes, du remplissage harmonique du saz ou de la lafta et de la mélodie souvent improvisée de la lyra, tandis que la chanteuse Aida Nosrat apporte l’intensité d’une voix plus désolée et élégiaque que la veille.

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En fin d’après-midi, on traverse l’Atlantique le samedi pour arriver dans un club de jazz de Brooklyn au milieu du XXe siècle avec Zachary Wilder, après avoir atterri sur une plage des Caraïbes la veille grâce aux rythmes afro-cubains de Diana Baroni. On connaissait bien le premier dans le répertoire religieux baroque : le ténor américain peut donc chanter autrement qu’en latin, et avec beaucoup d’aisance, se muant en élégant crooner pudique avec le concours de l’Ensemble Contraste (piano, contrebasse, violon). Le contraste est palpable avec la musique du sud, plus rythmée, dansante, avec en point névralgique l’intensité vocale et vitale de Diana Baroni, intenable et contagieuse.

Un atelier de chants afro-cubains mené par Diana Baroni et Abraham Mansfarroll © Rencontres musicales de Vézelay / Vincent Arbelet
Un atelier de chants afro-cubains mené par Diana Baroni et Abraham Mansfarroll
© Rencontres musicales de Vézelay / Vincent Arbelet

On a pu vivre de près cette intensité pendant un atelier d’initiation aux chants afro-cubains que menait la chanteuse le samedi matin. Accompagnée du percussionniste Abraham Mansfarroll, Diana Baroni encourage la cinquantaine de participants très impliqués. Après avoir apprivoisé les rythmes chaloupés et quelques pas de danses élémentaires, le chœur improvisé donne de la voix et s’investit lors de chants à bases de cellules répétées, comme pour invoquer l’Esprit de la voix. En plus des ateliers-découvertes de ce type, le festival organise chaque matin pour les lève-tôt une séance de Qi Gong en musique, où le son des gongs résonne imperceptiblement au lever du soleil, avant un petit-déjeuner en musique.

Le dénominateur commun de toutes ces activités en dehors des sentiers battus : la voix. Cela n’a rien d’un hasard. Vézelay est le lieu du quartier général de la Cité de la Voix, institution subventionnée qui accueille des chanteurs du monde entier, noue des partenariats de long terme, fait éclore sans cesse de nouveaux talents grâce à un travail de recherche et un investissement artistique exceptionnels. C’est donc tout naturellement que les concerts de format classique (avec billetterie), investissant la Basilique et plusieurs églises environnantes (dont celle de Vault de Lugny), sont également dédiés à cet instrument. D’instructives conférences baptisées « mise en oreilles », présentées par les musicologues Nicolas Dufetel et Philippe Gonin, présentent les programmes de ces concerts, tous fruits d’une démarche intellectuelle mûrement réfléchie.

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Agathe Peyrat et Pierre Cussac, les interprètes du concert secret © Rencontres musicales de Vézelay / Vincent Arbelet
Agathe Peyrat et Pierre Cussac, les interprètes du concert secret
© Rencontres musicales de Vézelay / Vincent Arbelet

Difficile de penser que 24h suffisent à contenir cette profusion vocale. Et pourtant, ce n’est pas fini ! Pour les courageux, les festivités continuent jusqu’au bout de la nuit, avec le bal du samedi, ou encore le mystérieux « Concert secret » du vendredi, dont la programmation n’était dévoilée que sur le moment… En l’occurrence le duo voix-accordéon formé par Agathe Peyrat et Pierre Cussac, qui jouait en avant-première le programme de son premier album, « Je chante la nuit », dans les jardins de la mairie de Vézelay. Littéralement au clair de lune, leur mélange d’arrangements d’airs d’opéras et de chansons populaires est sublimé par le timbre ensorcelant de la soprano costumée en Pierrot, capable de débiter de manière aérienne des phrases volubiles comme de faire vivre de longues tenues denses et lyriques. Encore une voix à suivre issue de la Cité de la voix.


Le voyage de Pierre a été pris en charge par les Rencontres musicales de Vézelay.

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