« Les petits artistes empruntent, les grands artistes volent. » Il est certain qu'aucun compositeur du XXe siècle n'a autant adapté son style qu'Igor Stravinsky. Célèbre pour ses premiers ouvrages pour les Ballets russes de Diaghilev – qui étaient fortement influencés par les partitions étincelantes de son professeur, Rimski-Korsakov –, sa phase néoclassique et le sérialisme, la musique de Stravinsky a subi de nombreuses transformations. À l'occasion du 50e anniversaire de sa mort survenue le 6 avril 1971, voici une playlist de ses meilleures partitions.

Igor Stravinsky, portrait de Jacques-Émile Blanche (1915)
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1Le Sacre du printemps

L'émeute qui a éclaté lors de la création du Sacre du printemps en 1913 est l'un des scandales les plus célèbres de l'histoire de la musique classique du XXe siècle. Les dissonances, les mesures irrégulières, le contrepoint des accents et des rythmes étaient autant de défis lancés à l'orchestre et au public, mais la chorégraphie de Vaslav Nijinski, elle non plus, ne ressemblait à rien de ce qu'on avait pu voir auparavant. Le Ballet du Mariinsky interprète ici une reconstitution de cette chorégraphie originale, afin que vous puissiez juger son effet par vous-même.

2L'Oiseau de feu

L'Oiseau de feu est la première grande commande que Serge Diaghilev adressa à Stravinsky. Écrite à partir d'un conte de fées russe, lui-même déjà monté en opéra par Rimski-Korsakov, l'œuvre raconte l'histoire mythique d'un oiseau magique qui aide le héros, le prince Ivan, à trouver l'âme du méchant sorcier Kastcheï (cachée dans un œuf) pour briser un sort et libérer treize princesses. La chorégraphie de Mikhail Fokine est encore régulièrement interprétée.

3Apollon musagète

Apollon musagète (ou Apollon tout court, comme on l'a appelé) a été la première collaboration entre Stravinsky et le chorégraphe George Balanchine, le début d'une association fructueuse qui a duré des décennies. Outre Apollon, le ballet met en scène trois des Muses – Calliope, Polymnie et Terpsichore – qui dansent des variations conformes au ballet classique. Dans la coda, Apollon conduit les trois muses vers le mont Parnasse.

4Concerto pour violon

L'unique concerto pour violon de Stravinsky est une œuvre néoclassique qui s'inspire des structures baroques. Il prend l'allure d'une œuvre de musique de chambre plutôt que d'un grand concerto virtuose où le violon serait opposé à un orchestre. « Je n'ai pas composé de cadence, écrivit Stravinsky, non pas parce que je ne me souciais pas d'exploiter la virtuosité du violon, mais parce que le violon en combinaison était mon véritable intérêt. » Le concerto a été composé pour le jeune violoniste polonais Samuel Dushkin et a ensuite été chorégraphié – deux fois – par Balanchine.

5The Rake's Progress

Imaginé librement à partir de peintures et de gravures de William Hogarth, The Rake's Progress raconte le déclin et la chute de Tom Rakewell, tenté d'abandonner sa bien-aimée, Anne Trulove, et de profiter des plaisirs de Londres guidé par un certain Nick Shadow... qui s'avère être le diable. Composée vers la fin de la période néoclassique de Stravinsky, l'œuvre a l'allure d'un opéra stylisé du XVIIIe siècle, avec une organisation en arias.

6L'Histoire du soldat

L'Histoire du soldat est une œuvre théâtrale « lue, jouée et dansée », tirée d'un conte populaire intitulé « Le déserteur et le diable ». Elle existe sous plusieurs formes différentes – avec ou sans narrateur – avec un rôle prépondérant pour le violoniste solo, étant donné que le soldat de l'histoire, Joseph, vend son violon au Diable...

7Pulcinella

Autre ballet mais très différent du Sacre du printemps (!), Pulcinella marque le début de la période néoclassique de Stravinsky, s'appuyant sur une musique que l'on croyait (à l'époque) être de Pergolese. « Pulcinella était ma découverte du passé, écrivit le compositeur, l'épiphanie qui rendait possible toute mon œuvre ultérieure. C'était un regard en arrière, bien sûr – la première de nombreuses histoires d'amour dans cette direction – mais c'était aussi un regard dans le miroir. »

8Trois mouvements de Petrouchka

Petrouchka, l'autre grand ballet de jeunesse de Stravinsky, a été créé en 1911 avec Nijinski dans le rôle de Petrouchka, la marionnette dont les tentatives de courtiser la Ballerine sont contrecarrées par le Maure. C'est une partition percutante et truculente. Stravinsky a réalisé un arrangement virtuose pour piano à l'intention d'Arthur Rubinstein, d'une difficulté diabolique, qui est devenu l'une des œuvres favorites des salles de concert.

9Agon

Autre ballet écrit pour Balanchine, Agon a été créé par le New York City Ballet en 1957. Ce ballet sans intrigue est l'une des premières partitions de Stravinsky à explorer le sérialisme, et la première dans laquelle il utilise une série dodécaphonique (dans la deuxième coda).

10Orpheus

Orpheus est l'une des plus belles œuvres de Stravinsky. Autre ballet de Balanchine, il relate l'histoire mythique d'Orphée et Eurydice. L'apothéose met en scène Apollon, qui « s'empare de la lyre d'Orphée et élève son chant vers le ciel ». La partition accorde un rôle prépondérant à la harpe (la lyre d'Orphée) et présente des indices du style néoclassique de Stravinsky, mais aussi une sévérité et une intensité certaines.

Article traduit de l'anglais par Tristan Labouret