Nous consacrons le mois de Janvier à la musique contemporaine avec une série d'entretiens auprès de solistes d'ensembles spécilalisés. Aujourd'hui, nous rencontrons Eric-Maria Couturier, violoncelliste à l'Ensemble Intercontemporain.

© Franck Ferville
© Franck Ferville
Pourquoi avez-vous décidé de vous spécialiser dans le répertoire contemporain ?

Après 15 ans d'interprétation uniquement classique et plusieurs rencontres avec Boulez dans le répertoire de Stravinski, la curiosité m'a guidé vers l'Ensemble intercontemporain.

Est-il plus difficile d'interpréter la musique contemporaine que le répertoire classique ? Par exemple, est-il plus difficile de maîtriser certains aspects techniques ?

Selon moi, il est plus difficile d'interpréter le classique car c'est une accumulation de données physiques liées à la sensation, au feeling et à l'histoire. Le contemporain a une histoire plus récente donc le geste est plus facile à comprendre car il est plus cérébrale, reptilien, instinctif.

Pensez-vous que votre approche de la musique soit similaire, par certains aspects, à celle des ensembles de musique ancienne ?

L'approche de la musique se fait ensemble avec les compositeurs et aussi avec le public, alors oui c'est plus lent à conquérir que le classique, c'est une expérience risquée et unique, où tout se joue en concert. Mon approche est comme beaucoup de mes amis, celle de pionniers.

Dans quelle mesure pouvez-vous suggérer des idées concernant le choix d'une œuvre ou d'un interprète/compositeur avec lequel vous souhaiteriez travailler ?

Si l'œuvre est un challenge, il laisse un souvenir marquant alors on a envie de la partager une nouvelle fois. C'est le cas des grands compositeurs de la fin de 20e et de quelques jeunes d'aujourd'hui.

Est-ce que la réponse du public face à la musique contemporaine a changé ? Est-ce différent dans chaque pays ?

Le monde, les pays ont besoin d'art contemporain, c'est indéniable. Il y aura toujours du public. Par contre, il existe des freins à la propagation et à la diffusion de cet art. La réticence des personnes du service public par exemple, ceci est variable selon les villes, les régions en France, les pays bien sûr mais aussi les modes.

Quelles difficultés rencontre-t-on à faire accepter le répertoire contemporain à un programmateur ?

Il n'y a pas de difficultés selon moi, il y a une possibilité ou impossibilité. Ensuite on peut toujours adapter si le dialogue est ouvert.

Quelles pistes sont explorées, ou selon vous devraient l'être, pour atteindre de nouveaux publics ?

Je suis un peu contre le point de vue de certains de mes collègues mais je crois aux ponts avec le grand public en utilisant les moyens qu'il aime, les références à la musique tonale et la musique électronique.

Quelle création d'œuvre vous a le plus marqué? Pourriez-vous nous expliquer pourquoi ?

Je parlerais volontiers de Quarks, le concerto pour violoncelle et orchestre de Yann Robin créé avec l'orchestre nationale de Lille sous la baguette de Peter Rundel. C'était un défi autant instrumental que musical et le public était conquis avec un langage absolument inédit pour eux ! Quelle joie !

Vive la musique!