Nous consacrons le mois de Janvier à la musique contemporaine avec une série d'entretiens auprès de solistes d'ensembles spécilalisés. Aujourd'hui, nous rencontrons Nicolas Crosse, contrebassiste à l'Ensemble Intercontemporain.

© Franck Ferville
© Franck Ferville
Pourquoi avez-vous décidé de vous spécialiser dans le répertoire contemporain ?

Au cours de mes études classiques, Jean-Paul Celea, mon professeur, m'a fait découvrir un répertoire en dehors des sentiers battus. Cette liberté d'expression au travers d'un texte rigoureux m'a beaucoup plu. Une manière de repousser ses limites.

Est-il plus difficile d'interpréter la musique contemporaine que le répertoire classique ? Par exemple, est-il plus difficile de maîtriser certains aspects techniques ?

Pour ma part, le phrasé en musique classique est souvent d'une plus grande exigence. Les modes de jeu en musique contemporaine font partie de cet immense réservoir que nous remplissons dans l'apprentissage des gestes instrumentaux.

Pensez-vous que votre approche de la musique soit similaire, par certains aspects, à celle des ensembles de musique ancienne ?

Avec l'ensemble Intercontemporain ou l'ensemble Modern, les rapports avec les compositeurs vivants sont très étroits. On échange constamment sur leur musique. Ce rapport-là ne peut exister avec la musique ancienne...seuls une tradition et un devoir de perpétuer restent...C'est notre devoir à tous de toujours respecter un style ou un compositeur.

Dans quelle mesure pouvez-vous suggérer des idées concernant le choix d'une œuvre ou d'un interprète/compositeur avec lequel vous souhaiteriez travailler ?

De ce point de vue là, je crois pouvoir dire que je suis comblé et les opportunités ne manquent pas. C'est plutôt vers le passé que je me tourne...Ligeti ou Berio; collaborer personnellement avec eux m'aurait plu.

Est-ce que la réponse du public face à la musique contemporaine a changé ? Est-ce différent dans chaque pays ?

Je n'ai pas ce recul pour donner mon avis; j'ai fait parti de l'Ensemble Modern, je suis maintenant à l'Ensemble Intercontemporain et j'ai toujours trouvé le public allemand ou français intéressé par cette musique. Et dans tous les pays où nous allons, le public qui se déplace est "fan" de cette musique-là.

Quelles difficultés rencontre-t-on à faire accepter le répertoire contemporain à un programmateur ? 

La culture même du programmateur. 

Quelles pistes sont explorées, ou selon vous devraient l'être, pour atteindre de nouveaux publics ?

Ce que je vois émerger, ce sont les arts croisés, l'alchimie entre une musique de qualité et un art visuel. Je trouve qu'il y a un vrai avenir dans cette formule où la mise en œuvre de ces nouveaux projets peut repousser toutes les limites.

Quelle création d'œuvre vous a le plus marqué? Pourriez-vous nous expliquer pourquoi ?

Yann Robin, compositeur français et un ami cher, m'a écrit une très belle pièce pour contrebasse et électronique, Symetriades, puis une seconde pour contrebasse et ensemble, Assymetriades, et en 2018, Triades, pour contrebasse, ensemble, électronique et vidéo, qui terminera ce triptyque. Notre travail en commun a permis de sculpter une musique dans lequel je me retrouve totalement. L'architecture musicale de Yann est palpable, comme si le son prenait une forme. J'admire cette sensualité.