A l’occasion de l’anniversaire des dix ans du festival des Etés de la danse, le San Francisco Ballet – première compagnie à avoir participé au festival – revient à Paris, cette fois, sur la scène du Châtelet. Sous la direction de l’emblématique Helgi Tomasson, le San Francisco Ballet nous propose un large spectre d’œuvres classiques et contemporaines, dans un programme à la fois éclectique et accessible, pour un public potentiellement non initié aux travaux de la compagnie, voire à la danse en général. Le San Francisco Ballet nous présente donc un véritable patchwork de styles, panachage dont la cohérence ne semble pas nécessairement évidente, mais justifié par une volonté quasi éducative : faire découvrir à un public de festival, par petites touches, la gamme variée de son répertoire. Amateurs ou non de danse, nous prenons donc un plaisir particulier à recevoir de nouveau cette troupe talentueuse et généreuse, qui sait se mettre à la portée de tous et s’insérer dans la détente de l’ambiance festivalière.

Maria Kochetkova in Ashton's <i>Voices of Spring</i> © Erik Tomasson
Maria Kochetkova in Ashton's Voices of Spring
© Erik Tomasson
Devenue l’une des compagnies classiques les plus reconnues sous l’égide d’un directeur charismatique, le San Francisco Ballet a progressivement su se hisser sur la scène américaine puis internationale à partir de 1985. Elle est aujourd’hui une troupe américaine de référence, et de renommée mondiale. Le San Francisco Ballet a également su attirer des artistes d’horizons variés, dont certains figurent parmi les danseurs les plus reconnus internationalement, tels que Maria Kochetkova, issue de l’école du Bolchoï, que l’on pourra admirer au Châtelet lors des Etés. Autre personnalité à l’affiche, la Française Mathilde Froustey, sujet du Ballet de l'Opéra National de Paris, en détachement pour un an auprès du San Francisco Ballet qui lui a confié le titre de « principal » lors de la saison passée.

Si la programmation du San Francisco Ballet est fragmentée et faite uniquement d’extraits d’œuvres, la soirée de gala pour la première l’est encore davantage avec la présentation d’une dizaine de courts extraits de chorégraphies de styles divergents.

Le rideau s’ouvre sur une entrée en matière festive et pleine d’esbroufe avec les extraits d’Alles Walzer de Renato Zanella et de No Other, de Val Caniparoli, montrant un duo masculin livré à un petit jeu d’épate et une retranscription classique d’un pas de tango.

On plonge ensuite dans un registre plus romantique avec Kenneth McMillan et le Pas de deux de Concerto. Dans une atmosphère bleutée et à l’eau de rose, un couple exécute un pas de deux néoclassique d’une grande technicité, mais un rien emphatique. L’interprétation de Sarah Van Patten et Tiit Helimets est sûre bien qu’un peu rigide. En arrière-plan, trois couples de danseurs enchaînent des promenades décoratives et qui se superposent sans logique évidente au pas-de-deux.

San Francisco Ballet in Kobborg's <i>Les Lutins</i> © Erik Tomasson
San Francisco Ballet in Kobborg's Les Lutins
© Erik Tomasson
La création de Helgi Tomasson Chaconne pour piano et deux danseurs qui lui succède prolonge cet élan amoureux, en lui apportant toutefois une profondeur supérieure. Séparés par deux cercles lumineux distincts, deux danseurs , Frances Chung et Davit Karapetyan se rejoignent et partagent un moment de tendresse, avant de se quitter et de s’en retourner à leur solitude initiale. L’échange est doux et soutenu par la délicatesse de Frances Chung, 

C’est un vent d’énergie qui secoue enfin le dernier morceau précédant l’entracte : Classical Symphony, de Yuri Possokhov, où l’on découvre avec ravissement la trépidante Maria Kochetkova dont la danse pétillante eclipse la précision de la technique classique pour ne laisser qu’une impression de facilité et de naturel. Mêlant tutus jaunes, costumes de caractère et une fougue joyeuse, la Symphonie Classique prend ainsi des allures de cotillon enflammé.

La deuxième partie de la soirée reprend avec le pas de deux d’Agon, de Balanchine. Le duo performe dans l’extension et le rythme, mais reste peu expressif. Le burlesque revient avec la plaisante scénette des Lutins, sur une chorégraphie de Johan Kobborg, qui réunit en scène deux musiciens et trois danseurs. On retrouve ensuite pour notre plus grand plaisir Maria Kochetkova, dans Voices of Spring de Frederick Ashton, qui n’a décidément pas fini de nous impressionner par la joie de sa danse. Le clou de la soirée réside cependant dans la création plus contemporaine de Wheeldon After the Rain, où le temps semble se suspendre aux bras aériens de Yuan Yuan Tuan. Après cette parenthèse poétique, on renoue avec l’ambiance festive et plus classique avec le Quatrième mouvement et Finale de Symphony in C de Balanchine, qui clôt sur une note heureuse cette soirée de gala.

San Francisco Ballet in Wheeldon's <i>After the Rain</i> © Erik Tomasson
San Francisco Ballet in Wheeldon's After the Rain
© Erik Tomasson

L’on retient surtout de ce spectacle une grande variété de styles et de pièces des plus grands chorégraphes, une constellation d’interprètes brillants, bien qu’essentiellement féminins, et une énergie débordante qui donne envie d’en voir davantage !

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