Créé en 1892 par Marius Petipa sur la célèbre musique de Piotr Ilyitch Tchaïkovski, Casse-Noisette met en scène le rêve fantastique dans lequel plonge la petite Clara lors de la veillée de Noël.

Dorothé Gilbert (Clara) © Sébastien Mathé / Opéra National de Paris
Dorothé Gilbert (Clara)
© Sébastien Mathé / Opéra National de Paris
Le ballet est inspiré du conte romantique Casse-Noisette et le Roi des rats de l’écrivain allemand E.T.A Hoffman (1816), qui présente une lecture introspective de l’imaginaire enfantin. Revisité en 1844 par Alexandre Dumas père, le conte revêt alors une dimension plus festive et légère, à rebours des considérations sur l’inconscient d’Hoffmann. Marqué par cette double origine, le ballet présente dès sa création une tension constante entre les deux interprétations du récit, illustrée par l’ambiguïté entre la danse joyeuse de Petipa et la musique parfois plus contemplative de Tchaïkovski.

De nombreuses productions de ce ballet ont vu le jour à l’Opéra, adapté successivement par Jean-Jacques Etcheverry, Michel Rayne, Rosella Hightower, Rudolf Noureev, ou encore John Neumeier. Le Casse-Noisette de Noureev (1985), qui s'inpire de la chorégraphie originale de Marius Petipa, reste proche de sa vision enchantée et de son folklore pétulant aux forts accents slaves. Pour représenter la fête de Noël, Noureev crée un tourbillon coloré de personnages, d’enfants, de marionnettes russes façon Petrouchka, de soldats et de flocons. La magie est bien là, avec de nombreux jeux de scène dont le traitement est souvent humoristique, de prodigieux tableaux d’ensemble et des valses exaltées.

Mais l’interprétation de Noureev se rapproche aussi du conte d’E.T.A. Hoffmann et d’une réflexion en filigrane sur l’inconscient. Le chorégraphe propose ainsi une véritable sublimation du rêve et de l’aspiration amoureuse d’une jeune fille en quête d’un prince charmant. Dans cette version, on retrouve les ingrédients inquiétants du cauchemar (l’armée de souris et des chauves-souris aux costumes étonnamment psychédéliques). On reste surtout infiniment proche du personnage de Clara. L’action ne quitte jamais l’univers intérieur de la jeune fille, presque toujours présente en scène pour assister au défilé de personnages qui se bousculent dans son rêve. Le royaume de la Fée Dragée n’est d’ailleurs pas matérialisé dans cette chorégraphie, ni même la Fée, qui n’est autre que Clara elle-même, transformée en reine.

Dorothé Gilbert est resplendissante dans le rôle de Clara, son jeu de scène joyeux et sa danse précise. Les variations de tours et d’équilibres, nombreuses, la mettent particulièrement à son avantage. Mathieu Ganio se présente comme un partenaire attentif et concentré. On retiendra également la sympathique performance des jeunes élèves de l’Ecole de Danse de l’Opéra, un brin affectée, mais pleine d’énergie.

Dorothé Gilbert ( clara) et le Ballet de l'Opéra de Paris dans <i>Casse Noisette</i> © Sébastien Mathé / Opera National de Paris
Dorothé Gilbert ( clara) et le Ballet de l'Opéra de Paris dans Casse Noisette
© Sébastien Mathé / Opera National de Paris
La succession des danses de caractère permet aussi d’admirer quelques danseurs du corps de ballet dans des rôles de solistes. Si la danse espagnole est trop expéditive pour se laisser apprécier, la danse chinoise ou la danse des Mirlitons sont de très belles prestations, notamment le travail gracieux d’Aubane Philbert.

Il n’en reste pas moins que la musique représente le plus grand succès de Casse-Noisette, avec une partition à la fois narrative et émouvante, qui rassemble chœur et orchestre dans une orchestration féérique à la jonction entre l’esprit de Noël et la magie du conte.