Le spectacle donné actuellement à Lyon est une coproduction avec le Royal Opera House de Londres et l’Opéra des Flandres. Lors de son passage dans la capitale anglaise, la mise en scène de Martin Kušej n’avait déjà pas convaincu et avait même été huée. Le public lyonnais a également fait preuve de son mécontentement et de son désaccord lorsque le metteur en scène est arrivé pour les saluts lors de la première de vendredi dernier, après avoir chaleureusement applaudi et crié des « bravo » aux différents interprètes. Ces réactions résument assez bien l’ensemble de la soirée : des voix superbes au service d’une mise en scène maladroite, parfois même choquante et surtout inadéquate pour ce livret.

© Jean-Pierre Maurin / Opéra de Lyon
© Jean-Pierre Maurin / Opéra de Lyon

Débuter le spectacle en faisant apparaître des hommes armés sur scène, ne pouvant ainsi pas éviter l’écho plus ou moins inconscient avec les attentats ayant eu lieu à peine deux semaines plus tôt à Paris, était soit maladroit, soit déplacé. Que cela choque n’est pas le problème s’il y a un message et un engagement de la part du metteur en scène, ce qui ne semblait pas être le cas ici. On ne comprend d’ailleurs pas toutes ces armes et la violence déployées contre le peuple de Crète et pas seulement contre les esclaves, comme par exemple lors du chant de la prière à Neptune qui se fait sous la menace. Étrange également cette scène durant laquelle les chœurs apparaissent avec des sacs plastiques desquels ils sortent des poissons emballés dans du papier avant de jouer avec, puis de faire semblant de nager debout… Dérangeante et incongrue est l’image de ces enfants jouant avec des armes à feu tandis qu’Électre chante son désespoir et sa folie au troisième acte… Mais ces incompréhensions ou malaises ne sont finalement pas les plus gênants face à diverses incongruités qui ne collent pas avec le livret, comme par exemple la présence de cet homme gothique (que l’on finira par deviner être le grand prêtre) lorsqu’Idoménée arrive sur le rivage. Dans cette mise en scène, Idamante n’est donc pas la première personne que le roi croise, ce qui est quelque peu embêtant…

Elena Galitskaya (Ilia), Kate Aldrich (Idamante) © Jean-Pierre Maurin / Opéra de Lyon
Elena Galitskaya (Ilia), Kate Aldrich (Idamante)
© Jean-Pierre Maurin / Opéra de Lyon
Outre ces points négatifs, notons toutefois l’effort pour créer une atmosphère d’enfermement avec un plateau tournant et un espace scénique restreint. À noter également, la distribution magnifique qui rend hommage au génie de Mozart. Les voix sont affirmées, claires et modulées avec sagesse. Le chant d’Électre (Ingela Brimberg) au troisième acte est bouleversant et nous entraîne presque avec elle dans sa folie, alors que la soprano Elena Galitskaya (Ilia) fait entendre un timbre plus léger collant avec la fragilité du personnage partagé entre son amour pour Idamante et son devoir de fille la poussant à une haine ou le dégoût envers Idoménée. Julien Behr tient extrêmement bien son rôle d’Arbace, de même que la basse puissante de Lukas Jakobski interprétant la Voix qui retentit avec brio dans la salle.

Le seul léger bémol se trouve du côté de Kate Aldrich dans le rôle d’Idamante : bien que la voix de la mezzo-soprano ne soit globalement pas à remettre en cause, son jeu, quant à lui, est assez dérangeant avec des postures qui n’ont rien de naturel, les poings serrés et les bras tendus en arrière presque tout le long de la pièce. Le quatuor tant attendu du troisième acte reste cependant l’un des grands moments de cette soirée, les quatre voix s’accordant à merveille, les interprètes prenant en compte à la fois leur personnage, mais également ceux qui les entourent. Les chœurs de l’Opéra de Lyon ont de nouveau brillé, tout particulièrement dans l’air « O voto tremendo » dans lequel ils laissent entendre à la fois une puissance impressionnante, emplissant complètement la salle, mais aussi une légèreté poignante.

Côté musique, il n’y a pas grand-chose à dire : la partition de Mozart parle d’elle-même, l’orchestre la joue avec brio, même si l’on a l’impression de ne pas vraiment entendre la patte du chef Gérard Korsten. Certes, il n’y a là rien de véritablement mémorable, mais il serait malaisé de s’en plaindre.

Pour conclure, les voix sont ici superbes et méritent d’être entendues malgré une mise en scène qui ne convainc pas. On en viendrait presque à regretter de ne pas assister à une version de concert.