La chapelle de l’église dite des Templiers de Luz-Saint-Sauveur revêtait en cette fin août des couleurs musicales. Au cœur de l’îlot médiéval, l’église Saint-André s’illuminait de la sonnerie de son orgue sous la gouverne de Laurent Carle qui affichait un programme dédié aux travaux de transcription du maître Jean Sébastien Bach. Des passants curieux attirés par la mélopée aux spectateurs venus spécifiquement pour le concert, la porte de la chapelle restait ouverte à tous durant l’entièreté du concert.

Inauguré par un prélude et fugue en ré mineur (BWV 539), modèle du genre, le récital se consacre surtout aux transcriptions faites par le maître des travaux d’autres compositeurs de son époque. L’Aria en fa majeur de François Couperin (BWV 587) offrait un mouvement plus suspensif et doux au jeu. La prestance française trouvait son écho dans le Trio en ut mineur de Johann Friedrich Fasch (BWV 585). La première partie se clot sur le concerto en ut majeur d’Antonio Vivaldi là encore transcrit magnifiquement (BWV 594). L’Allegro, tous jeux tirés, est un florilège de piaillements sur un flot continu de gammes ascendantes et descendantes. Le Recitativo opère tel un lamento et pose le public dans un moment de méditation avant la pause.

La reprise ne se fait pas avant un petit discours introductif de la part de l’organiste, lauréat du 10ème concours international Bach de Leipzig en 1996 et depuis 2013, co-titulaire de la cathédrale de Tarbes. Il explique le goût du jeune prince de Saxe-Weimar Johann-Ernst, lui-même compositeur, pour les concertos italiens et allemands. Ce fils du duc de Saxe, alors employeur de J. S. Bach, a très certainement influencé le grand maître et porté à sa connaissance le genre du concerto, l’amenant à transcrire pour orgue plusieurs œuvres de son temps, dont un de ses concertos (en sol majeur, BWV 592), extrêmement bref et très stéréotypé, ici exécuté par L. Carle. L’affiche nous propose ensuite Bach transcrit par lui-même avec l’un des Chorals dits Schübler Meine Seel erhebt den Herren, cantate basée sur le texte du Magnificat (BWV 10 / BWV 648). Le thème intriguant est aéré par les contrechants aigus bien mis en valeur par l’interprète puis termine comme il avait entamé la pièce, solitaire.

Le concerto en sol mineur (BWV 985) d’après Georg Philip Teleman est plus compact et sobre. C’est in fine le concerto en la mineur (BWV 593) d’après Antonio Vivaldi qui permet le plus d’expressivité. Les cadences virtuoses de l’Allegro sont quelques peu masquées par la force de la pédale mais le passage central de l’Adagio dans le registre aigu et ses silences éloquents mènent l’auditeur in paradisium. Laurent Carle parachève la soirée avec le célèbre choral dit du veilleur, transcription pour orgue de la cantate (BWV 140 / 645) de J. S. Bach. Le rythme dansant, presque humoristique renvoie à l’origine de ces pièces devenues des chefs-d’œuvre classiques. Une soirée bien agréable et rafraîchissante en pays Toy.