Le Théâtre du Capitole accueille pour son avant-dernier opéra de la saison une magnifique coproduction (Opéra National de Bordeaux, Opéra National de Lorraine, 2012) de Macbeth de Verdi, qui revient sur les planches toulousaines plus de 20 ans après sa dernière représentation. La mise en scène de Jean-Louis Martinoty est exécutée efficacement par Frédérique Lombart, reprenant une production qui avait enthousiasmé les publics français.

Vitaliy Bilyy (Macbeth), Béatrice Uria-Monzon (Lady Macbeth) © Patrice Nin
Vitaliy Bilyy (Macbeth), Béatrice Uria-Monzon (Lady Macbeth)
© Patrice Nin

Chaque acte s’ouvre sur une impression visuelle ornée d’un ou plusieurs vers de Shakespeare en VO rappelant l’universalité du drame. Michele Gamba à la direction musicale s’assure avec fermeté et habileté de la bonne articulation entre l'orchestre et le plateau. Sans jamais sombrer dans les excès, il livre une atmosphère musicale dramatique avec quelques touches comiques. La performance de la soirée va très certainement au choeur du Capitole, particulièrement remarquable dans ses interventions et ses apparitions sur scène.

Tous les éléments sont réunis dès l'ouverture pour illustrer le monde inquiétant et double des sibylles. Les décors (Bernard Arnould), accessoires et costumes (Daniel Ogier) proposé par l’atelier de l’Opéra National de Bordeaux présentent à merveille la duplicité des sorcières et les visions fantasmagoriques de leur sabbat avec des costumes en trompe l’œil et de très esthétiques miroirs avec, au centre, un arbre à l’envers aux allures anthropomorphes. Alors qu’on l’entendait déjà s’échauffer en coulisses durant l’énoncé instrumental introductif de la pièce, la Lady Macbeth de Béatrice Uria-Monzon livre une puissance de feu à la hauteur de la folie et de l’ambition qui la consument. Si le livret de Francesco Maria Piave passe rapidement sur les doutes et hésitations du Macbeth Shakespearien, Vitaliy Bilyy rend parfaitement cet état d’esprit sur le plan vocal, et alors que le poignard annonçant son crime futur se balade sur les façades de la scène.

Béatrice Uria-Monzon (Lady Macbeth) © Patrice Nin
Béatrice Uria-Monzon (Lady Macbeth)
© Patrice Nin

L’acte II donne l’occasion à Lady Macbeth de s’assoir enfin sur le trône alors que le chaos s’installe un peu plus dans le royaume. L’usurpateur, ayant déjà ouvert la voie du sang, décide de tuer son compagnon d’armes Banco, ini interprété par In-Sung Sim, excellente voix de basse qui sera largement ovationnée par le public en fin de spectacle. Les passages où le roi est victime de malaise et de visions sont finement présentés par les lumières de François Thouret alors que le reste de la scène se fige. La chanson à boire se transforme en condamnation divine et l’annonce de la chute est déjà produite. La table de banquet se transforme en miroir déformant, mettant en abîme les nouvelles visions de mort à venir pour Macbeth.

L’acte III est marqué par le ballet désarticulé des sorcières qui portent des fragments de corps et sont accompagnées par des êtres multiformes qui accentuent l’horreur de Macbeth face à sa propre chute. Essayant de lutter contre les mises en garde des oracles, il continue son œuvre meurtrière. Drapé dans l’hermine royale, la vidéo signée Gilles Papain matérialise sur le tissu blanc les vies prises par l’individu dans son ascension et son maintien au pouvoir. La dernière maxime présente sur le tableau de l’acte IV annonce la vengeance à venir. La foret de Birnam se rapproche, physiquement, du spectateur. Les corps des enfants de Macduff assassinés par le roi se chargent d’une énergie rouge qui se transmet aux vivants qui réclament vengeance. Plusieurs rideaux accélèrent la fin de la pièce avec d’abord le suicide implicite de Lady Macbeth qui exprime de façon poignante ses regrets. Macduff, interprété par Otar Jorjikia, et le Malcom de Boris Stepanov brillent par leurs interventions, surpassant Macbeth qui, blessé à mort, fini par tendre la « vile couronne » avec regrets.

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