Quoi de mieux pour introduire Mozart que Mozart lui-même ? Avec l’ouverture de la Flûte Enchantée, l’Orchestre de l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia introduisait, par la présidence de David Afkham, à une soirée pleine de délicatesse et d’humour. La programmation invitait aussi à s’interroger sur le rapport de ces compositeurs aux autres artistes de leur temps ou de l’histoire de la musique en général : « Si Mozart pourrait être accusé de plagiat pour avoir piqué vingt notes chez Clementi, que devrait-on dire de Chostakovitch qui, dans sa dernière Symphonie, cite de nombreux compositeurs avant de se citer lui-même ? ». Dans ce concert où courait la question des filiations, on ne doutait pas que la reprise soit meilleure que l’original.

Martin Helmchen © Giorgia Bertazzi
Martin Helmchen
© Giorgia Bertazzi

David Afkham apporte une surprenante douceur au thème d'ouverture, laquelle contraste avec l’effectif important présent sur scène. La maîtrise de l’orchestre et de l’acoustique de Santa Cecilia est parfaite. Du piano, Martin Helmchen indique toutes les inflexions au maestro qui s’efface complètement, même si l’on voit émerger ponctuellement, au-dessus de sa tête, sa baguette tournoyante. À cette double direction s’en ajoute une troisième, celle du sautillant premier violon Carlo Maria Parazzoli, qui menaçait d'en tomber de sa chaise lors de l’ouverture. S’il cède, comme David Afkham l’espace au soliste, il n’en jette pas moins des regards noirs lorsque, par deux fois, une sonnerie de téléphone retentit dans l’Auditorium. Avec cette direction en trio, le concert est on ne peut mieux lancé. L’entêtement du Rondo de la Romance, avec tout son humour, est bien retranscrit par le pianiste. Le choix des cadences écrites par Beethoven cèdent la place à un autre raffinement, celui du développement méticuleux des contrebasses du premier mouvement. Le dernier mouvement fera la part belle aux contrastes de nuance, de piano en forte subito. La dernière note posée, le pianiste et le chef se donnent une accolade chaleureuse. En rappel, Martin Helmchen poursuit la douceur mozartienne avec l’Adagio de la Sonate n°12 pour piano (K332). Abandonnant la queue-de-pie, il rejoint les rangs du public pour la seconde partie du concert.

David Afkham © Felix Broede
David Afkham
© Felix Broede

David Afkham reprend la voix pour la dernière Symphonie de Chostakovitch. Il insiste là encore sur l’effet comique produit par les jeux de réponses entre violon, flûte et xylophone. Dans un style très accrochant mais non moins virtuose Carlo Maria Parazzoli reprend son engagement de l’ouverture et exécute les soli avec bravoure. L’émergence tronquée du motif de Guillaume Tell de Rossini vient parachever cette ambiance décalée, à laquelle s'ajoute les attaques des cuivres qui manquent de synchronie sur le début du deuxième mouvement. Petit à petit, David Afkham conduit l’assistance vers une ambiance plus méditative. Le solo de violoncelle est brillant, s’appuyant sur un orchestre aux fantasmagoriques couleurs. Tout au long de la pièce, les interventions hachées des percussions maintiennent un effet comique ; le maestro ne s’y trompera pas et fera saluer tout le pupitres durant les applaudissements du public. Sur une ambiance filandreuse maintenue aux cordes, ponctuée d’interventions des bois, le chef referme son poing, scellant la fin de la symphonie. Avec cette main fermée, c’est tout le public et l’orchestre qui s’immobilise pendant plus de 15 secondes, comme pour prolonger un peu plus la dernière des symphonie du compositeur russe.