Le Ballet de l'Opéra de Paris reprend Roméo et Juliette, l’une des plus brillantes pièces de Rudolf Noureev, entrée au répertoire de la compagnie en 1984 et régulièrement dansée depuis.

Le ballet dépeint une fresque de Vérone turbulente et enfiévrée, dans des décors monumentaux suivant le style baroque italien. Sa mise en scène, à la fois classique et esthétique, fait pourtant éclore des personnalités marquées : une Juliette espiègle, un Roméo méditatif qui semble voir au-delà des murs qui se resserrent autour du drame, un Mercutio malicieux et frétillant, un Tybalt pervers et redoutable. Cette modernité psychologique se reflète dans une chorégraphie d’une expressivité extrême et dans des tableaux de groupe pleins de verve, qui font de Roméo et Juliette un chef d’œuvre indépassable de l’histoire du ballet.

Stephanie Romberg, Karl Paquette et le Ballet de l'Opera de Paris © Julien Benhamou | Opéra National de Paris
Stephanie Romberg, Karl Paquette et le Ballet de l'Opera de Paris
© Julien Benhamou | Opéra National de Paris
 

La partition de Sergueï Prokofiev, composée en 1935, est formidablement interprétée par l’Orchestre de l’Opéra de Paris, dirigé par Simon Hewett. Sa structure en leitmotiv se prête par essence à la narration et à la danse, avec des lignes mélodique extraordinairement émouvantes et des thèmes d’une rare richesse. 

Pour cette première reprise, le Ballet de l’Opéra de Paris présente un jeu d’une étonnante intensité et d’une grande maturité, contribuant à faire de ce ballet l’expression d’un art lyrique, chorégraphique et dramatique total. Le couple formé par Mathieu Ganio et Amandine Albisson développe une interprétation des amants Roméo et Juliette d’une grande justesse. Leur partenariat est équilibré et harmonieux, tant dans son approche esthétique que dans sa sobriété. Deux beautés et deux jeunesses se répondent, dans un élan spontané et gracieux. Mathieu Ganio est un Roméo idéal. Son charme et son lyrisme naturels investissent son personnage et lui donne une crédibilité immédiate, une élégance facile. A ses côtés, Amandine Albisson est tout simplement ravissante. Sa Juliette est légère, pure, emportée malgré elle dans une violence qui la dépasse. Pour cette première prise de rôle, la jeune danseuse étoile montre ainsi une véritable maîtrise technique mais également théâtrale.

Mathieu Ganio et Amandine Albisson © Julien Benhamou | Opéra National de Paris
Mathieu Ganio et Amandine Albisson
© Julien Benhamou | Opéra National de Paris

En contrepoint du charme éthéré du duo principal, le Mercutio incarné par François Alu est plus terrien, bien plus ancré dans le concret. Son jeu inventif, éloquent, aussi drôle que plausible, permet ainsi un intéressant contraste avec le personnage poétique de Roméo. Comme souvent, la technique stupéfiante de François Alu éclipse tout sur son passage, le danseur enchaînant avec une facilité déconcertante les enchaînements de tours et de sauts. Pourtant, sa présence flamboyante ne peut se résumer à sa simple technique et tient en grande partie à la vivacité de son jeu d’acteur. Le Tybalt incarné par Karl Paquette est en revanche plus décevant. La chorégraphie de Rudolf Noureev est pourtant très tranchée et fait de Tybalt un rôle querelleur et pugnace, emporté dans une fureur bilieuse. Mais Karl Paquette demeure en retrait, son personnage manque de noirceur et semble plus intérieur. On peut encore souligner la performance de Fabien Révillion dans le rôle de Benvolio, l’ami fidèle de Roméo. Si son jeu est encore un peu vert, sa prise de rôle est l’occasion de découvrir une très belle virtuosité.  

© Julien Benhamou | Opéra national de Paris
© Julien Benhamou | Opéra national de Paris
Cette splendide reprise de Roméo & Juliette est enfin portée par la force du corps de ballet. Les nombreuses scènes de groupe représentent des scènes de bataille éclatantes, des moments de joie et de danse et la sourde stridence du deuil, dans une chorégraphie tumultueuse et complexe. Ce travail précis et dramatiquement poignant est par ailleurs saupoudré de belles performances d’acteur, telles que celles de Matthieu Botto, très incisive.

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