Ambiance surchauffée à l'Opéra de Marseille pour Rigoletto, dans une salle archicomble et où l’on déplore une fois de plus l’absence de toute climatisation en ces chaudes journées de juin. La maison reprend la production de Charles Roubaud donnée ici même en mai 2019 – elle-même adaptée des représentations ayant eu lieu aux Chorégies d’Orange à l’été 2017.

On y retrouve les mêmes éléments de scénographie que ceux vus au Théâtre Antique, mais évidemment dans des dimensions de moindre gigantisme. L’élément principal du décor prend tout de même l’essentiel du plateau, soit une marotte de bouffon qui se colore de diverses projections de lumières conçues par Jacques Rouveyrollis, ainsi que sur les parois en fond de scène : atmosphère festive et colorée pour la première scène du bal chez le Duc, feuillages frémissant dans le vent au deuxième tableau pour la maison de Rigoletto, avant des nervures de bois au troisième acte qui décorent la figure de la marionnette, celle-ci versant une larme à la mort de Gilda dans les bras de son père, pendant l’accord final.
Ce décor unique, qui pourrait constituer a priori un handicap, est cependant utilisé avec intelligence et mouvement, les protagonistes pouvant aller et venir sur la passerelle en forme de long cou, monter au sommet de la tête, se cacher sur les côtés ou derrière cette structure géante.

Les trois rôles principaux sont superbement défendus, à commencer par Sebastian Catana, solide baryton Verdi tout désigné pour incarner Rigoletto. Son air « Cortigiani, vil razza dannata » au deuxième acte est d’abord plein de colère et de grande ampleur, avant une cantilène en forme de supplique pleine d’émotion.
En Duc de Mantoue, le ténor américain John Osborn délivre une nouvelle leçon de chant lors de ses deux airs les plus connus (« Questa o quella » et « La donna è mobile »). Le style est d’une élégance rare et son long souffle lui permet de soigner un legato qui donne le sentiment d’entendre un tenore di grazia, comme au cours de « Parmi veder le lagrime » à l’entame de l'acte II. À noter également que le contre-ré final de la cabalette « Possente amor mi chiama » qui suit est émis avec une impression de maîtrise et facilité.

Soprano typiquement colorature il y a quelques années, les moyens de Ruth Iniesta se sont significativement élargis depuis, pour s’orienter vers un format davantage de soprano lyrique à présent. Sa Gilda n’en demeure pas moins très précise musicalement et suffisamment souple dans les passages d’agilité à la fin de son grand air « Caro nome ».
Le reste de la distribution vocale est de très bonne tenue, en particulier le Sparafucile de Patrick Bolleire, personnage inquiétant à la voix bien timbrée et d’un grain noir. On remarque aussi la mezzo-soprano Deniz Uzun, au bel instrument grave et sombre, teinté d’un très léger voile et qu’on aimerait bien entendre dans un rôle plus développé que celui de Maddalena, limité à son apparition au dernier acte. Quant au chœur marseillais, exclusivement masculin ce soir, il fait également une très bonne impression, se montrant homogène du point de vue du rythme et délivrant un son riche.

Chef très régulièrement invité par l’Opéra de Marseille, Paolo Arrivabeni tient sous contrôle le volume orchestral, en évitant par exemple les débordements de décibels aux cuivres et percussions. Les tempos sont aussi généralement retenus, ce qui favorise le contraste avec plusieurs ensembles donnés avec plus de puissance et d’allant, contribuant à donner une lecture dramatique de l'œuvre de Verdi.





