La foule qui remplit presque à ras bords la grande salle Henry le Bœuf du Palais des Beaux-Arts en ce dimanche après-midi d’octobre est probablement venue en premier lieu pour entendre Anastasia Kobekina. En effet, c’est la première fois que la musicienne russe et étoile montante du violoncelle se produit à Bruxelles avec orchestre, en l’occurrence le BNO placé sous la direction de Vasily Petrenko. Qui plus est, elle a choisi de se faire entendre dans cette œuvre de référence pour son instrument qu’est l’incontournable Concerto de Dvořák.

Anastasia Kobekina © Nicolas Hudak
Anastasia Kobekina
© Nicolas Hudak

Après une introduction orchestrale très soignée marquée par de belles interventions des vents, Anastasia Kobekina entre avec un intéressant mélange de délicatesse et de détermination, aidée par un vibrato généreux. S’il est impossible de mettre en doute sa sincérité et l'invariable dignité de son jeu, celui-ci se révèle toutefois peu chaleureux, et on sentira la musicienne de bout en bout curieusement retenue dans l’expression, tirant de son instrument une sonorité assez rêche.

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Cette approche étonnamment réservée manque malheureusement autant d’ampleur que de force de conviction dans ce cheval de bataille dont on a dans l’oreille le souvenir de tant de grandes interprétations. Kobekina se rattrape néanmoins un peu dans l’« Adagio ma non troppo » où, après avoir déclamé la belle mélodie introductive avec sobriété, elle se permet enfin une touchante montée en tension. Il faut ici souligner ici son refus de succomber à la tentation de tout sentimentalisme, illustrée dans de fins solos où elle dialogue joliment avec la flûte de Jérémie Fèvre et la clarinette de Julien Bénéteau.

Son interprétation gagne en vie dans le finale où ses dialogues avec la Konzertmeisterin Misako Akama sont d’une belle subtilité avant de déboucher sur une conclusion émouvante à l’issue d’une interprétation qui laisse cependant un goût de trop peu. Ceci n’empêche pas le public de lui faire un triomphe. Visiblement touchée, la soliste convie le timbalier de l’orchestre, Nico Schoeters, à passer au tambourin pour jouer avec elle une Galliarda dans le plus pur style Renaissance due à son père, le compositeur Vladimir Kobekine.

Vasily Petrenko © Antoine Saito
Vasily Petrenko
© Antoine Saito

Même si l’attention avait porté en premier lieu sur la soliste, il convient de mentionner l’impeccable prestation dans ce concerto d’un BNO en pleine forme sous la direction à la fois subtile, ferme et attentive de Vasily Petrenko. Le directeur musical du Royal Philharmonic Orchestra londonien se montre un partenaire de grande classe, dirigeant la formation bruxelloise avec souplesse et autorité, mettant superbement en avant les excellents vents de l’orchestre sur fond de cordes toujours volontaires et chaleureuses.

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Ces mêmes qualités se retrouveront dans la Deuxième Symphonie de Rachmaninov qui conclut le programme. Après un premier mouvement dirigé avec beaucoup de sobriété par le chef invité dont on peut apprécier la belle indépendance de la main gauche, l’« Allegro molto » permet de goûter les ingénieuses trouvailles d’orchestration du compositeur. Le galbe mélodique du deuxième thème est bien rendu alors que l’épisode fugué aux cordes est d’une parfaite clarté. Dans l’« Adagio » qui est le cœur de l’œuvre et qu’introduit magnifiquement la clarinette solo, Petrenko fait montre d’un beau lyrisme, évitant toute surcharge sentimentale ou effusion inutile, avant de conclure sur un « Allegro vivace » un peu grandiloquent – mais c’est la faute de Rachmaninov ! – que le chef conduit avec énergie mais sans brutalité.

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