L'Orchestre National du Capitole de Toulouse et la Halle aux Grains accueillaient le chef américain Joseph Swensen pour une soirée consacrée au compositeur Jean Sibelius. Deux œuvres majeures du compositeur, séparées seulement de quelques années, étaient ainsi programmées autour d'une soirée intitulée « Neiges de Finlande » : le Concerto pour violon et orchestre (1903) et la Symphonie n° 1 (1899). À charge pour Joseph Swensen, aidé par la violoniste Ye-Eun Choi, de recréer l'atmosphère nordique.

Joseph Swensen © Lukasz Rajchert
Joseph Swensen
© Lukasz Rajchert

La première partie concertante donne l'occasion à Ye-Eun Choi de livrer une interprétation personnelle de l’œuvre. L'« Allegro moderato » montre un jeu extrêmement lisse et doux, avec des coups d'archet presque inaudibles. Son vibrato très marqué dans les aigus renforce l'expressivité de la pièce, beaucoup moins dans le médium parfois masqué par l'ensemble, les tutti orchestraux étant très forte. Ainsi la soliste émerge ou se trouve noyée dans la masse orchestrale au gré des nuances et de l'ambitus. Un accord est nécessaire avant de passer à l'« Adagio di molto », toujours très doux dans le jeu et suspensif.

Le finale « Allegro, ma non tanto » offre quant à lui un jeu plus rugueux, moins feutré de la part de la virtuose qui enchaîne les traits exigeants de la partition, doubles cordes et autres gammes avec brio. Joseph Swensen laisse de son côté plus de place à l'orchestre, sautillant sur le rythme de ritournelle du violon solo et déchaînant les cuivres sur les derniers instants. En rappel, Ye-Eun Choi propose l'« Andante » de la deuxième sonate pour violon de Johann Sebastian Bach avec un jeu toujours lyrique mais avec un vibrato plus contenu.

Malgré une interprétation d'une virtuosité certaine, le concerto manque de relief et de profondeur. Il souffrira de la comparaison avec le déferlement de couleurs et de paysages qui suit : du bout des doigts, Joseph Swensen introduit le récitatif de clarinette du premier mouvement de la symphonie puis reprend la baguette pour une conduite généreuse et très expressive, laissant apparaître les panoramas nordiques chers à Sibelius. Le balancement de la harpe puis la conclusion magistrale contrastent déjà avec le concerto précédent.

Le maestro tente en vain d'imposer quelques secondes d'introspection après chaque fin de mouvement, mais c'est compter sans l'habitude du public de la Halle à considérer ces moments comme consacrés aux toux retenues durant les morceaux. Le deuxième mouvement est dirigé de façon plus précise et minimale, le chef lançant les salves aux cuivres et aux cordes, ce qui n'empêche pas l'ensemble d'être parfois tonitruant. De la même manière, après un passage un peu léger sur fond de pizzicati, les cors détonnent légèrement sur la conclusion du troisième mouvement. Joseph Swensen mime le vibrato qu'il demande aux cordes et chantonne par-dessus la frénésie fébrile qu'il souhaite impulser au dernier mouvement. Les percussions participent à l'atmosphère épique de la soirée, avec un jeu fortissimo mais aussi très sec (cymbales et grosse caisse). Le chef demande toujours plus d'intensité et de vibrato aux cordes, rendant son geste plus nonchalant sur les passages plus doux et chantants. Il installe ensuite progressivement un paysage apaisé, laissant le public suspendu à son dernier geste.

Rappelant la variété des œuvres du compositeur, la soirée aura permis à Joseph Swensen d'invoquer avec force la puissance postromantique de Sibelius tout en nuançant son écriture.

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