Pour ce premier concert de l'année 2022, le Théâtre du Capitole proposait un retour aux sources avec un concert entièrement dédié à Monteverdi et à ses madrigaux, entre canti guerrieri et canti amorosi. Ainsi, la venue du Concert des Nations, emmené par le spécialiste Jordi Savall, avec pour le plateau vocal La Capella Reial de Catalunya avait de quoi réjouir : pour preuve, dès leur arrivée sur scène, les musiciens (7 chanteurs et 8 instrumentistes au total) sont ovationnés sans avoir joué la moindre note !

Jordi Savall et ses troupes au Capitole de Toulouse
© Patrice Nin

Le premier extrait intitulé Altri canti di Marte (Canto amoroso, SV 155) est tiré du septième livre de madrigaux et fait intervenir l'ensemble des musiciens. La mécanique est bien huilée. Un seul petit défaut peut être sans doute souligné, qui restera durant tout le concert, c'est la primauté des basses sur l'ensemble des autres pupitres. La direction de Jordi Savall est minimale mais bien amplifiée par les musiciens. Mention spéciale à la basse Salvo Vitale qui ne ménage pas ses efforts de jeu et offre une prestation vocale toujours intelligible, même dans les pianissimos. L'ensemble vocal trouve une belle homogénéité dans les échanges de sujets et de réponses du contrepoint. La suspension finale donne un peu d'importance à la harpe.

Dans Gira il nemico (Canto guerriero, SV 148), le passage de témoin entre basse, ténor et contreténor est exquis. Le rythme reste soutenu et régulier jusqu'aux derniers instants. Le maestro ayant prit la basse de viole n'étire que les derniers moments, les plus dramatiques – le pianississo sur « sei morte » contrastant immédiatement avec un fortissimo sur « un tiranno protervo ». On passe à la danse avec Ballo : volgendo il ciel movete al mio bel suon (Canto guerriero, SV 154), pris dans un tempo très allant. On regrette presque l'absence de mise en scène, et les deux sopranos (Monica Piccinini et Maria Cristina Kiehr) sont un peu couvertes par l'ensemble. Les attaques deviennent toutefois de plus en plus claires et la chaconne montre un bel équilibre des cordes, avec un jeu parfois rustique pour illustrer la danse, ce qui leur vaut déjà un tonnerre d'applaudissements.

Jordi Savall
© Patrice Nin

La deuxième partie constitue sans doute, si l'on prend le critère de célébrité et de raffinement de l'œuvre monteverdienne, le clou d'un programme parfaitement bien construit. On commence avec la mise en musique de la poésie du Tasse. Adapté de La Jérusalem délivrée du poète italien, le Combattimento di Tancredi e Clorinda (Canto guerriero, SV 153) fait son œuvre. Les figuralismes musicaux comme la cavalcade, qui pourraient paraître désuets aujourd'hui, sont exécutés sans lourdeur. La narration du combat par Furio Zanasi vaut une partie importante au chanteur, qui débute d'une voix quelque peu rauque mais qui devient bientôt de plus en plus claire. Si le baryton introduit un discret jeu scénique, les interprètes de Tancrède et Clorinde restent quant à eux entièrement statiques, chacun à un bout de la scène, ce qui amène un léger contraste avec la dynamique du texte et du chanteur narrateur.

Vient ensuite le célèbre Lamento della ninfa (Canto amoroso, SV 163) confié à Monica Piccinini dont la voix claire va également mettre un temps à s'adapter à la salle mais exécuter le plus finement la douleur et la plainte. Le trio de commentateurs est bien équilibré, la voix de Salvo Vitale résonnant une nouvelle fois plus particulièrement. Le concert se termine avec une œuvre plus introspective et religieuse, Hor che'l ciel e la terra (Canto guerriero, SV 147), qui laisse le collectif des chanteurs et l'ensemble instrumental approfondir encore la douceur et la recherche d'une forme de plénitude. Là encore, l'évolution du programme est particulièrement bien pensée.

Jordi Savall précise en fin de spectacle, comme pour préserver le moment du concert comme intact mais ne pas masquer la réalité, que deux chanteurs initialement prévus ont tout de même été remplacés, car infectés par le Covid-19. Il conclut ensuite sur la force créatrice de l'œuvre de Monteverdi, entre « renaissance et révolution », inspirée du théâtre grec ancien, combinant la science préexistante du contrepoint et la primauté nouvellement donnée au chant pour l'expression des sentiments. Voilà de quoi bien débuter l'année 2022 !

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