Le festival du Printemps des Arts de Monte-Carlo propose régulièrement des formats de concerts originaux. Après un concert aux bougies la veille, la véritable innovation a lieu ce dimanche matin. De bougies il est encore question, mais il s’agit de celles des grosses cylindrées : le public a rendez-vous dans la Collection de voitures de S.A.S le Prince de Monaco pour une déambulation guidée par le saxophoniste Vincent David et le violoncelliste Éric-Maria Couturier. Est-on influencé par l’écrin du musée ? Les œuvres contemporaines interprétées sembleront illustrer à merveille le monde automobile exposé.

Vincent David au Printemps des Arts de Monte-Carlo © Louise Chatelain
Vincent David au Printemps des Arts de Monte-Carlo
© Louise Chatelain

Les motifs courts et enjoués de Tracce nous invitent pour une courte balade en auto sur la Côte d’Azur environnante. Au saxophone soprano, Vincent David restitue la fraicheur de la pièce de Luca Francesconi, enchainant avec une fluidité virtuose les courts motifs précipités qui font l’identité de l’œuvre. La proximité du public avec le saxophoniste permet d’apprécier la diversité des attaques et des tenues, le nivellement du timbre, tout en respirant de concert avec l’artiste.

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Véritable joueur de saxophone de Hamelin, le musicien emmène ensuite le public selon le sens de la visite au gré d’une improvisation aérienne, guidant l’auditeur le long des calèches dont les assises de cuir rembourrées feraient pâlir nombre de canapés. Éric-Maria Couturier attend en embuscade le bon moment pour se lancer à cœur perdu dans De bois vif, signée de la main de son partenaire du jour, également compositeur.

La pièce virtuose donne un aperçu complet des modes de jeu que peut subir un violoncelle. Pizzicati (y compris à la Bartók) et archet, parfois de manière simultanée, doubles cordes aux intervalles démesurés, harmoniques, son métallique proche du chevalet, touche transformée en instrument à percussion pour la main gauche tandis que la main droite frappe les cordes avec la baguette de l’archet : cette musique faite de sons, de gestes et de bruits donne l'impression de figurer la vie d’un moteur, entre vrombissements, accélérations et stabilisations. L’engagement total de l’interprète est tel que lorsqu’il casse une corde, on est à peine surpris de cet incident mécanique.

Passée l’enfilade des Rolls-Royce, on retrouve ensuite Vincent David, cette fois-ci au saxophone alto pour Fragmentos fracturados I d’Alberto Posadas. L’ostinato rythmique imperturbable en forme d’impulsion nous plongerait-il dans la chaine de montage d’une usine automobile ? Les épisodes qui ponctuent cette cadence infernale sont autant de coups de projecteur sur les différents stands de production, avec leurs machines propres. Le musicien réussit à unifier ces ambiances multiples, occasions de développer plus avant la virtuosité propre aux instruments à vents, avec en particulier d’étonnants sons multiphoniques.

Éric-Maria Couturier au Printemps des Arts de Monte-Carlo © Louise Chatelain
Éric-Maria Couturier au Printemps des Arts de Monte-Carlo
© Louise Chatelain

Après avoir monté quelques marches, nous arrivons à l’étage des voitures de sport, où le violoncelliste nous attend… debout ! Et il le restera pour toute la durée de l’étrange Kinamárabâfrena de Bertrand Chavarria-Aldrete malgré le tabouret à disposition. L’œuvre est un hommage aux katas, enchainements de geste du karaté. D’une présence magnétique, Éric-Maria Couturier reproduit les gestes en question avec l’archet, ponctués de monologues incantatoires. L’expérience hypnotique nous fait oublier les images des podiums de Grands Prix de Formule 1 qui défilent en boucle derrière l’artiste. L’association n’est pas si incohérente, la pièce ayant des airs de préparation mentale méditative pratiquée par les champions.

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Nous voilà maintenant sur le circuit avec Flots de Vincent David, interprété par le compositeur au saxophone soprano. Un motif rythmique cyclique rapide et entrainant structure la pièce. On s’imagine au volant lorsque ce dernier est livré de manière directe, tandis que les passages calmes et suspendus nous amènent sur les gradins, dans l’attente du passage des voitures qu’on entend parfois au loin quand le motif est chuchoté, avant qu’elles ne jaillissent tout à coup quand l’instrument dévoile toute sa puissance.

Vincent David et Éric-Maria Couturier au Printemps des Arts de Monte-Carlo © Louise Chatelain
Vincent David et Éric-Maria Couturier au Printemps des Arts de Monte-Carlo
© Louise Chatelain

Après cette succession de démonstrations éloquentes, les deux musiciens concluent le concert avec la Sonate pour saxophone alto et violoncelle d’Edison Denisov. Après avoir exploré les demi-tons et quarts de ton, le troisième mouvement propose une approche musicale nouvelle, presque reposante après la complexité auditive des œuvres précédentes : le violoncelle hérite d’une ligne de basse en pizzicati pour accompagner le saxophone. Vincent David et Éric-Maria Couturier infusent la page d’un groove irrésistible, avant de finir sur une improvisation en duo. L’écoute mutuelle et la réactivité aux propositions de l’autre de la part des deux artistes qui réagissent au quart de tour témoignent d’un sens du réflexe digne des plus grands pilotes de F1.


Le voyage de Pierre a été pris en charge par le Printemps des Arts de Monte-Carlo.

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