L'incertitude plane au-dessus de Paris : pleuvra, pleuvra pas ? Pour protéger instruments, musiciens et public, le Festival Européen Jeunes Talents relocalise le concert prévu à l’extérieur dans la Cour des Grands Dépôts des Archives nationales pour investir la chambre du prince de Soubise, dans l’hôtel du même nom. On y gagne en acoustique ce qu’on y perd en courants d’air, mais le lieu est idoine pour de la musique de chambre : le jeune Trio Lazuli en prend immédiatement la mesure.

Le Trio Lazuli au Festival Européen Jeunes Talents © Caroline Bottaro
Le Trio Lazuli au Festival Européen Jeunes Talents
© Caroline Bottaro

La précision rythmique et la synchronicité des archets dans la nuance pianississimo requise attire immédiatement l’oreille au début du Trio élégiaque n° 1 de Rachmaninov et témoigne du travail de mariage des timbres entre Anna-Li Hardel au violon et Romane Bestautte au violoncelle. Sur cet écrin à demi inquiet se déploie le thème principal au piano, d’un lyrisme allant s’intensifiant : il s’agit d’un des rares moments du concert où Martin Beau prend la liberté de prendre significativement plus de place que ses collègues, à raison.

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Le pianiste sait ensuite se mettre en retrait lorsque le thème échoit aux deux instruments à cordes, l’occasion d’admirer la conduite de phrase d'Anna-Li Hardel et la sonorité enveloppante irrésistible du violoncelle de Romane Bestautte. Les deux musiciennes maîtrisent cet art de prendre le temps, d'infléchir insensiblement le rythme pour donner une impression de souplesse tout en restant en mesure.

Si le piano perd parfois momentanément cette capacité au cours du Trio op. 120 de Fauré, avec quelques passages légèrement trop verticaux et une pédale trop discrète, asséchant le discours, les unissons du violon et du violoncelle captivent toujours autant en fin de programme, avec un romantisme moins extraverti que chez Rachmaninov, mais pas moins émouvant.

Le Trio Lazuli au Festival Européen Jeunes Talents © Caroline Bottaro
Le Trio Lazuli au Festival Européen Jeunes Talents
© Caroline Bottaro

Entre ces deux œuvres où les trois instrumentistes investissent le même élan musical, le Trio n° 3 de Schumann propose une approche différente. La polyphonie de son écriture invite les musiciens à évoluer parfois chacun de leur côté. La musique devient davantage conversation d’esprit, là où elle était expression conjointe passionnée.

Le premier mouvement fonctionne très bien, tumulte au sein duquel chaque musicien alterne courtes séquences exaltées et apaisées, le tout sous-tendu par une tension grouillante en trame de fond. À l’image du violoncelle qui va parfois chercher à se fondre dans la basse du piano, parfois à marquer une dissonance avec cette dernière, le dialogue se fait, entre accords et divergences. Le « Ziemlich langsam » (« Assez lent ») marque le retour du lyrisme et des longues phrases. Ce deuxième mouvement est magnifiquement mené par la violoniste, moment suspendu dont la partie centrale apporte un contraste, la révolte supplantant l’introspection qui reprendra finalement le dessus.

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Le piège des deux mouvements conclusifs est de s’éparpiller et de perdre l’homogénéité du groupe. Les Lazuli sont attentifs à cet écueil, au risque de parfois être trop attentifs à la mise en place au détriment de la narrativité. Solliciter plus le texte, exacerber les dynamiques aurait permis d’éviter quelques moments de flottement où les reprises ne surprennent plus. Le respect de la partition, l’attention aux accents et aux silences permettent toutefois de comprendre clairement la structure des mouvements.

Le Trio Lazuli au Festival Européen Jeunes Talents © Caroline Bottaro
Le Trio Lazuli au Festival Européen Jeunes Talents
© Caroline Bottaro

En plus de saluer le public, le bis du soir viendra clore le parcours d’Anna-Li Hardel au sein du trio. Ultime occasion d’apprécier l’excellente entente lyrique des Lazuli au cours d’un éloquent mouvement lent du Trio n° 2 de Mendelssohn, dont la douceur des basses au piano accompagne cette séparation d’un réconfort sensible. Espérons que le futur violoniste de l'ensemble, encore inconnu à ce jour, s'inscrira dans la continuité de cette entente musicale prometteuse.

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