À l’occasion de la représentation au Théâtre du Capitole de l’opéra Les Caprices de Marianne, nous avons eu la chance de rencontrer et de découvrir Aurélie Fargues jeune soprane lyrique formée au sein même de la ville Rose, au Conservatoire de Région et à l’Université Jean Jaurès, puis à l’Ecole Normale de Musique de Paris. Artiste au talent certain et en devenir, elle nous livre ses impressions sur cet opéra d’Henri Sauguet, œuvre peu connue qui sera prochainement donnée à Bordeaux, Saint-Etienne et Limoges.

Aurélie Fargues (Marianne), Norman D. Patzke (Claudio) © Alain Julien
Aurélie Fargues (Marianne), Norman D. Patzke (Claudio)
© Alain Julien

Etant originaire de la région et ayant fait une partie de vos études à Toulouse, est-ce que monter pour la première fois sur les planches du Capitole revêt une saveur particulière pour vous ?

C’était la première fois, donc effectivement il y avait tout d’abord une petite appréhension, car le Théâtre du Capitole, quand on est élève en classe de chant au Conservatoire de Toulouse, c’est le but. Je connaissais et connais bien la salle puisque dès que je peux je viens y écouter des opéras, et j’ai pu voir sur cette scène des grands de la scène lyrique comme Ludovic Tézier, Natalie Dessay, Inva Mula.

Des grands qui pour certains ont débuté à Toulouse ! Et une fois passée cette appréhension ?

C’est vrai qu’il y avait un petit quelque chose en plus comparé aux autres représentations dans d’autres villes. Comme c’est ma région, que pas mal d’amis, de famille, sont venus voir le spectacle, il y avait un lien affectif supplémentaire bien agréable. Au final j’étais évidemment très heureuse de pouvoir chanter dans ce lieu.

Pour en venir aux Caprices de Marianne, ce plateau montrait beaucoup de figures nouvelles pour le public du Capitole et un plateau très jeune. Cela crée-t-il une dynamique pour le travail ?

C’est une bonne ambiance de travail. Comme nous sommes en fait une véritable troupe lors des séances de répétition, le fait qu’il n’y ait que des jeunes donne un côté particulier. On s’amuse en fait beaucoup. On travaille, et on s’amuse.

Le public ne se rend peut-être pas compte de l’investissement requis de la part des chanteurs pour monter un opéra, pourriez-vous nous en dire un peu plus ?

On a créé l’œuvre à l’Opéra de Reims en septembre 2014 et nous avions travaillé auparavant pendant 6 semaines pour faire la création, le tout en double distribution. Il y avait donc les deux plateaux qui travaillaient ensemble. Lors de ces 6 semaines il a fallu apprendre le rôle de Marianne, qui est un gros rôle, avec une écriture vocale assez difficile. J’ai travaillé la partition de mon côté pendant presque un an avant d’arriver à Reims.

Comment vous êtes-vous familiarisée avec la musique d’Henri Sauguet, qui n’est pas forcément très connu ?

Je ne connaissais pas très bien ce compositeur avant d’aborder les Caprices. Je le connaissais de nom, j’avais entendu les Forains et quelques-unes de ses mélodies. Avant l’audition des Caprices, je suis allé écouter toute l’œuvre et c’est vrai qu’au départ, c’est en effet une écriture surprenante. Je lui ai trouvé de suite une écriture très moderne, qui rappelait de loin la comédie musicale et le jazz. Il a fallu apprivoiser son écriture, mais la musique colle très bien avec le rôle, et Sauguet transcrit de façon très fine le sens et le caractère des personnages. C’est plutôt le langage musical que les gens n’apprécient pas trop en général. Beaucoup de personnes n’aiment pas Sauguet et j’entends beaucoup de gens qui critiquent mais je trouve qu’ils ne vont pas jusqu’au bout de cette musique.

Comment avez-vous ressenti le personnage de Marianne ?

Marianne est une fille avec un très fort caractère, très cultivée, très intelligente, mais ce qu’elle vit dans l’opéra est vraiment un moment de crise, et ce n’est pas dans ce genre de moment qu’on est le plus lucide. Il y a des choses qu’elle ne connait pas, car elle est très jeune, elle a 20 ans, et elle va se heurter à la vie, à l’amour et elle s’y perds un petit peu.

Concernant les décors et les costumes ?

Je trouve les décors et les costumes très beaux. Enfin surtout mes costumes ! Mes deux robes sont vraiment magnifiques !

Marc Scoffoni (Octave), Aurélie Fargues (Marianne) © Alain Julien
Marc Scoffoni (Octave), Aurélie Fargues (Marianne)
© Alain Julien

Des projets pour l’après-Marianne ?

J’ai un Dixit Dominus de Haendel pour le mois de juin dans les alentours de Toulouse et en suite je fais le festival de Bruniquel [ndlr : Le festival lyriques des Châteaux de Bruniquel] pour la troisième année.

Vous évoquiez dans la Revue du Spectacle une crise de l’opéra ?

Sans être spécialiste, il y a de plus en plus de chanteurs lyriques et de moins en moins de travail. Cela ne concerne pas le Capitole pour le moment, mais certaines maisons d’opéra ont tendance à réduire leur nombre de production par saison ce qui est dramatique.

Auriez-vous un conseil à donner aux étudiants en classe de chant visant une carrière lyrique ?

Le plus gros conseil c’est d’avoir toujours le désir et la foi pour chanter. C’est ce qui importe le plus. Dans les moments de doutes, où les auditions ne marchent pas, cela arrive à tout le monde, il faut garder, sentir en soi ce désir de chanter, voire ce besoin. Chanter tous les jours chez soi. C’est obligatoire de toute façon.

Passion et persévérance donc ?

Oui, c’est ça.

Un petit message à passer ?

Trop de monde à saluer, il ne vaut mieux pas que je me lance !