Convié à un événement extraordinaire de la série de concerts « Les Grands interprêtes », le public genevois a eu le plaisir d’entendre l’Orchestre de l’Opéra de Paris, sous la direction de son jeune chef, Philippe Jordan, dont Armin disait « mon fils à plus de talent et est plus travailleur que moi ! »

Philippe Jordan © J F Leclercq
Philippe Jordan
© J F Leclercq

C’est avec le sublime 4ème concerto de Beethoven que s’ouvrait la soirée… Dès le départ, le touché somptueux du brésilien Nelson Freire fait des miracles. Chez cet homme, chaque note respire la musicalité. Grand ami de Martha Argerich, on ne retrouve pas chez lui la grande sonorité qui fait la notoriété de sa collègue, mais ses phrasés sont d'une justesse si aigüe tant musicalement qu'émotionnellement, que toute critique sur le détail semblerait tenir de l'anecdotique. Chacun retient son souffle tout au long de ce concerto dont la sipplicité de la forme met en valeur tout le talent de Nelson Freire :  la musique qui nait sous les doigts du pianiste brésilien est une expérience sensorielle qu'il faut vivre.

L’Orchestre de l’Opéra de Paris frappe par son homogénéité et le fondu de sa petite harmonie aux phrasés si délicats. Le pupitre des cors sonne merveilleusement, tout de douceur et de justesse et l’ensemble du discours fort bien maîtrisé par Philippe Jordan s’écoule dans un bonheur sans ombre.

Même si on peut regretter l’intonation plus hasardeuse du violoncelle solo dans le final ainsi que des timbales un brin brutales et des trompettes un peu agressives, l’œuvre a été parcourue d’une énergie et d’une sensibilité exacerbée par le jeu du pianiste.  En bis, l’arrivée au paradis de l’Orphée de Gluck, toute en nuance donnera des frissons à un public définitivement conquis !

Avec la 6ème symphonie de Beethoven, on aura été frappé du talent du chef à manier son orchestre tel un vaste océan malléable et ductile, de ses grands bras arachnéens. Dirigeant plus par le haut, tel un matador, il insuffle aux vents des phrasés de velours, sa direction expressive invitant à la suavité des contours de flûtes souples et ductiles, de cors soyeux, et du basson solo particulièrement nuancé dans la scène du ruisseau.

Quelques réserves sur un son parfois vert du hautbois et un son très « folklorique » de la clarinette, mais dans l’ensemble, l’orchestre et le chef ne font qu’un et de cette relation résulte une musique empreinte d’émotion et d’une sincérité totale. La scène de l’orage, très baroque dans ses effets, témoigne de cette empreinte du lyrique dont est issu cet orchestre et fait merveille.

Une très belle ovation a couronné le concert, mais en filigrane on entendait dans cette acclamation témoignée au fils un hommage au père, encore présent dans les mémoires des mélomanes genevois. 

Quel bonheur d'entendre tant de musique en une seule soirée, et on espère qu'on nous offrira d’autres occasions genevoises de voyages musicaux avec Philippe Jordan !