À quelques jours des fêtes, le Théâtre du Capitole accueillait le traditionnel Concert de Noël. Ce dernier était entièrement consacré à la musique vocale dans son ensemble, à mi-chemin entre chants sacrés et chants profanes, musique savante et musique populaire. L’occasion permettait de réunir les deux formations du Chœur et de la Maîtrise du Capitole, sous la direction du chef milanais Alfonso Caiani, à la tête de cette belle soirée. L’accompagnement instrumental était assuré par l’Orchestre de Chambre de Toulouse dirigé par Gilles Colliard. L’affiche était telle que le concert se jouait à guichet fermé.

Orchestre de Chambre de Toulouse © Véronique Jourdain Artists Management
Orchestre de Chambre de Toulouse
© Véronique Jourdain Artists Management

La première partie offrait des morceaux choisis extraits de l’œuvre bien connue de Haendel, Le Messie, oratorio en trois parties de plus de 140 minutes composé en 1741. Reprenant l’ordre chronologique, l’orchestre de chambre nous fait entrer dans cette soirée avec la Sinfonia introductive de la pièce, passage entièrement instrumental. La forme lent-vif-lent présente le rythme syncopé récurrent et cher au compositeur, rappelant sa fameuse Sarabande. Jouant sur des instruments modernes, les musiciens à cordes veillent à ne pas produire de vibrato afin de mieux faire résonner dissonances et harmonies, malgré l’acoustique très sèche du théâtre avec un effectif si réduit.

Le chœur mixte fait son entrée au No.4 (And the glory, the glory of the lord), avec un léger manque de synchronisation sur la cadence finale avec les instrumentistes, rapidement corrigé par la main du chef. Deux autres extraits de la première partie de la pièce viennent ensuite (No.11 et 15, For unto us, a Child is born et Glory to God in the highest), montrant toute la maîtrise du chœur dans les jeux d’imitation et d’échanges dans le premier, ou dans l’alternance entre mouvements vifs et parties quasi récitatives dans le second.

Les sept numéros suivants appartiennent à la seconde partie de l’oratorio (No.18, 19, 21, 22, 23, 35 et 39). Le chef demande plus de puissance à l’orchestre sur les tenues. Malgré tout, l’émotion est palpable sur le His yoke is easy, his burthen is light. Le Behold the Lamb of God marque le retour du rythme syncopé. Malgré la majesté du jeu, les fautes individuelles sont audibles du fait de l’effectif réduit. Les numéros 21 et 22 marquent une évolution dramatique notable, mais malgré le dynamisme insufflé par les différentes entrées contrapuntiques, l’ambiance générale est relativement plate. Le 25 donne une atmosphère pastorale avec un jeu de nuances que le chef s’emploie à mettre en place, mais ses efforts restent vains et on ressent assez peu de relief. L’entrée des timbales pour le fameux Hallelujah et le Worthy is the land that was slain (No.47, troisième partie) relance enfin l’attention. Les ténors sont noyés dans les doublures et les colla parte de l’orchestre. Le dernier mouvement est lui plus suspensif, très beau, avec un soin particulier donné à la vocalise finale sur le Amen, mais toujours avec des problèmes de synchronisation. Sans entracte, on passe directement à la seconde partie du concert.

Le chœur se trouve complété par la Maîtrise composée d’une cinquantaine d’enfants. L’accompagnement instrumental est donné par un quintette de cuivres, l’orgue et un percussionniste. Cette partie, toujours consacrée à Noël, se tourne vers les mélodies populaires, notamment anglaises. Hark the Herald est chanté par le chœur d’adultes. Malgré les fausses notes du trompettiste, le public se montre beaucoup plus réceptif à cette ambiance. Coventry Carols beaucoup plus militaire, répétitif et triste, n’est pourtant pas applaudi. En revanche, Deck the Hall, constitué d’onomatopées données à la Maîtrise, fait sourire le public et détend la salle. Celle-ci entonne seule alors Ding Dong ! Merrily on High, avec un mignon accent du sud-ouest sur les parties latines. Le public est séduit.

Stille Nacht, autre grand classique, est lui donné dans sa version allemande, puis bouche fermée, donnant là aussi un effet doux et calme. Trompette 2 et trombone oublient de partir sur The first Nowell, obligeant le chef à reprendre le morceau et son introduction instrumentale. La Maîtrise, encore seule sur God rest You Merry Gentlemen finit d’enthousiasmer le public qui l’acclame dès la fin du morceau. À l'écoute de Les Anges dans nos campagnes, quelques spectateurs commencent à chanter. Les deux chœurs se réunissent pour le final avec O Come All Ye Faithfull et Star Carol. Restés debout toute la seconde partie, les enfants sont ovationnés. Après trois saluts, le chef effectue un premier rappel avec Jingle Bells dont le public entonne avec envie le refrain. Après trois nouveaux saluts, l’enthousiasme du public à continuer la soirée amène un bis de O Come All Ye Faithfull, puis à nouveau Jingle Bells. L’ambiance bonne enfant dépasse l’exigence purement musicale, même si on aurait souhaité voir les musiciens aussi enthousiastes que les chanteurs dans ce spectacle ouvert à tous.

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