L’Orchestre de Chambre de Toulouse, emmené par Gilles Colliard, offrait un concert riche en grands « classiques » avec la Symphonie n°40 de W. A. Mozart, dans sa version pour cordes de G. Cimador, et les deux derniers concertos pour violons de J. Haydn, en la et sol majeur. Disposé debout pour les instrumentistes a braccia et assis pour les musiciens dotés d’instruments de gamba, l’orchestre s’installe en silence. Le chef prélude, comme c’est désormais l’habitude pour la formation de chambre, avec une brève présentation pédagogique des œuvres avant chaque exécution.

Orchestre de Chambre de Toulouse © Brice Devos
Orchestre de Chambre de Toulouse
© Brice Devos

L’interprétation des deux concertos de Haydn montre tour à tour plusieurs visages. Dans le très connu Concerto en sol commençant la soirée, l’attaque très rude de l’archet confère une couleur particulière au timbre général. La cadence du soliste, a contrario, produit un vibrato digne de l’école romantique du XIXe alors que certains passages en appoggiature ne sont pas du tout vibrés. Chez le soliste comme chez les autres instrumentistes, on retrouve cette ambiguïté qui souligne toute la difficulté à classer les pièces musicales dans une seule et même période et à voir l’histoire de la musique comme linéaire. Ce premier concerto est en effet riche de phrasés baroques mais montre une virtuosité du soliste assez avancée et préfigurant les cadences endiablées du XIXe siècle. Le Concerto en la, moins connu car découvert plus récemment par les musicologues, est beaucoup plus soigné dans son jeu entre nuances mais recèle les mêmes écueils que le Concerto en sol. Dans les mouvements rapides, la mélodie et/ou le soliste sont complètement noyés dans les battements rythmiques qui eux-mêmes ne deviennent plus par moment identifiables. Ce phénomène gâche quelque peu le dynamisme de la soirée même s’il est plus dû à l’acoustique du lieu qu’aux instrumentistes. Les deux mouvements lents centraux permettent de mieux faire ressortir le soliste et le timbre brillant et baroque des cordes. L’humour n'est pas par ailleurs absent de ces œuvres, notamment dans le Concerto en la.

La version entièrement pour cordes réalisée par G. Cimador de la fameuse Symphonie n°40 de W. A. Mozart, autrement rendue célèbre par une sonnerie de téléphone d’un fabricant de mobiles suédois, est pour le moins intéressante. Supprimant le timbre originel des instruments à vent, on retourne vers un style concertant sans soliste. G. Colliard repose alors son violon et le remplace par la baguette, pour une direction enthousiaste, heurtant parfois avec cette dernière son propre pupitre. Les mêmes problèmes d’acoustique viennent noyer les mouvements rapides même si, là encore, le chef prend soin de s’appuyer sur les oppositions internes de la pièce et notamment les nuances et les thèmes. Quelques accrochages surviennent durant le deuxième mouvement. C’est finalement le menuet qui ressort le mieux et semble enthousiasmer le public. Avant même qu’un bis soit réclamé, l’orchestre propose de poursuivre un peu plus l’expérience et le dynamisme mozartien avec un nouveau mouvement final d’une autre symphonie. La soirée aura montré que rien n’est acquis ou simple même lorsque l’on aborde le répertoire classique, pourtant une spécialité de l’Orchestre de Chambre de Toulouse.