Ce n’était pas seulement un charmant concert de l’Avent, aux Cordeliers, mais aussi un spectacle extrêmement attachant et bien rodé. Petits et grands de la Maîtrise de l’Opéra ont offert une belle palette de Noëls au public, savamment constituée et dirigée par Karine Locatelli et soutenue par les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon.

© Opéra de Lyon
© Opéra de Lyon

Introduit par la Fanfare for St. Edmundsbury aux trompettes, fières et pétulantes (mais à la justesse un tantinet difficile), le chœur entier entonne deux extraits de la Cantate BWV 147, « Herz und Mund und Tat und Leben », puis, dans un tempo très allant, « Jesu bleibet meine Freude » : l’articulation des violons – qui en assument les triolets si connus – est sans faille, comme la prononciation des jeunes chanteurs, dont la direction assure un très bel équilibre. Exposant son thème grégorien par un solo a cappella, l’ « Ave Maria » apaisant de Franz Biebl est l’un des plus beaux moments du concert. C’est ensuite un joueur de vielle qui parcourt l’allée centrale, amenant le bourdon pour un vieil air norvégien en mineur, aussi envoûtant que mystérieux, « Gjendines bådnlåt », arrangé par Gunnar Erikson.

John Rutter, d’abord avec « A Clare Benediction », et à la toute fin, avec son « Christmas Lullaby », répand un parfum de Noël très charmeur, fait de mélodies simples en soi, mais harmonisées pour un impact émotionnel maximal. Karine Locatelli donne déjà un aperçu de la suite de la saison, en présentant avec le « Chœur des étoiles » issu de La Belle au bois dormant d’Ottorino Respighi, que l’Opéra de Lyon jouera au Théâtre de la Croix-Rousse début février : une partition très colorée, avec des violons sensibles, de belles implications de trompette et de flûte, contrastées bientôt par l’hymne chanté et son accompagnement à la harpe.

Difficile, bien sûr, d’imaginer une soirée de cantiques intitulée « Rejoice » sans A Ceremony of Carols de Benjamin Britten : si « This little babe » permet d’exposer les voix affûtées des grands, les petits maîtrisiens, portant des bougies électriques dans leurs mains, reviennent rejoindre leurs aînés dans la « Procession », puis une bienvenue rythmée en moyen anglais, « Wolcum », avant qu’on ne se tourne vers des affaires plus profanes. En effet, Hänsel und Gretel d’Engelbert Humperdinck est un classique de Noël d’Outre-Rhin : dans la « Berceuse du Marchand de Sable », il nous est donné d’entendre une superbe voix d’ado (dont on aurait aimé connaître le nom), déjà très mature, bien placée, touchante. Engagé, le « Noël pour les enfants qui n’ont plus de maison » de Claude Debussy, dans une transcription de Serge Menozzi, précède le célèbre « Cantique de Jean Racine » de Gabriel Fauré. Son moelleux vocal sur tapis d’orchestre est superbe, le solo de violoncelle y est l’allié des petits chanteurs. Curieusement, c’est dans ce morceau splendidement interprété par ailleurs que l’écoute se heurte à un détail: comment peut-on laisser couper par une respiration collective le syntagme signifiant de la « grâce / puissante », et un grand arc de légato ?

Mais ce n’est là qu’un moment d’interrogation fugace dans une bonne heure de chant passée bien vite, ornementée par quelques interludes instrumentaux : l’Air de Bach, avec ses pas graves de croches, ou la « Farandole » de l’Arlésienne de Bizet, pêchue, fugueuse et dansante. Le large répertoire de la maîtrise, ainsi que la direction stimulante et pédagogique de Karine Locatelli se confirme par les trois généreux bis : un air a cappella folklorique suédois, « Ach Värmeland, du sköna », tellement beau et limpide, dont l’absence de lien à Noël se trouve compensée triplement par « Stille Nacht », chanté en allemand, anglais, français. Puis, la Maîtrise, reprenant sa « Procession », quitte la scène en toute élégance, en faisant résonner une ultime fois ses voix juvéniles et inspirées.

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