Les chefs se suivent face à l’Orchestre de Paris à la Philharmonie : Karina Canellakis, Pablo Heras-Casado, Robert Trevino laissent la place à la Finlandaise Susanna Mälkki. Une première rencontre autour d’un programme grand public avec le Concerto pour violoncelle d’Antonín Dvořák (convoquant Edgar Moreau en soliste) et Les Planètes de Gustav Holst.

Susanna Mälkki © Simon Fowler
Susanna Mälkki
© Simon Fowler

Composé en 1895, le concerto de Dvořák montre une certaine nostalgie du compositeur pour sa Bohême natale, au contraire d’un intérêt alors prononcé pour le « Nouveau monde » (la symphonie du même nom ayant été écrite deux ans plus tôt). La variété des thèmes composant ses trois mouvements, comme les lignes au violoncelle à la fois fournies et limpides dans l’écriture en font une œuvre populaire et une pièce de choix en concert. Dès les premières mesures de l’« Allegro », Susanna Mälkki donne le ton du concert entier : la battue est rigoureuse et martiale, teintant le premier thème d’un accent sentencieux et fataliste. La métrique l’emporte rapidement sur la souplesse, laissant de côté le caractère élégiaque de l’œuvre. L’effet est celui d’un romantisme trop rigoureux qui, pour se soustraire à toute esbroufe, se brime dans le cadre et manque l’amplitude du discours.

L’orchestre est pleinement affecté par ce parti pris : si le second thème est bien porté par un cor exploitant toute son expressivité avec legato et souplesse, les vents en particulier sont parfois étouffés, les attaques approximatives. Plus sensible, le second mouvement montre une attention accrue aux modulations et un travail des textures dont bénéficie le soliste. C’est dans le troisième mouvement, alternant jeu martial et à fleur de peau, que la cheffe offre sans surprise du grand spectacle. L’impulsion rythmique est redoutable, les contrebasses se donnant à cœur joie et marchant au pas, rejoints par des cordes au jeu très charnu et marqué. Le balancement entre force et délicatesse est assez bien mené, même si l’on pourrait attendre davantage de contrastes et de nuances, le jeu principalement forte n’exploitant pas la taille humaine de la phalange pour chercher des textures moins palpables.

En réponse à cette direction, le jeune mais déjà confirmé violoncelliste Edgar Moreau adopte un jeu lyrique mais tempéré. Il faut d’abord louer une justesse à toute épreuve et une technique redoutable, le soliste embrassant les difficultés de son instrument avec une certaine aisance. Le sens du phrasé est délicat mais pourrait gagner en variété dans les nombreuses reprises thématiques. Il reste un son brillant, véloce, très « sur la corde » et allègre en vibrato, qui confère une grande beauté aux traits solaires et optimistes des deux premiers mouvements. Gagnant en souplesse au fil de l’interprétation, le soliste montre une sensibilité nouvelle dans le finale, soulignant les passages dépouillés avec des attaques du bout de l’archet et un léger rubato enfin permis.

Le concert se poursuit avec Les Planètes (1914-1917), tube du répertoire symphonique et assurément l’œuvre la plus célèbre de Gustav Holst (l’une des plus plagiées également comme musique de film). Susanna Mälkki impose d’entrée de jeu ses directives avec la première planète, « Mars », représentant le Dieu de la Guerre. La rigueur rythmique de la direction trouve un parfait objet : la répétition obstinée emporte la phalange dans un même souffle et une même intention, soutenue par des percussions millimétrées et des cuivres vrombissant leurs accords et leurs dissonances massives jusqu’à des fortissimo assourdissants.

L’ensemble est ensuite plus ou moins précis. « Jupiter » montre certes des cordes au jeu net et discipliné, « Uranus » des rythmes porteurs voire chaloupés mais le reste sonne assez vague, parfois brouillon : les décalages au sein de la phalange gâtent ainsi les teintes bien amenées pour « Vénus ». Il faut souligner malgré tout un quatuor de flûtes traversières brillamment conduit (« Saturne »), ainsi qu’une belle surprise finale : tout dans la respiration et le travail du son, « Neptune » est particulièrement soigné. Du fond de la salle, les voix de la Maîtrise de Paris et du Jeune Chœur de Paris s’immiscent à l’unisson des cordes pour enrober les dernières mesures d’un ostinato harmonique, délicieusement suspensif et mystique, ainsi que le compositeur intitule cette dernière planète. Puis elles s’effacent petit à petit, jusqu’au pianissimo précédant un silence en point d’orgue qui achève le concert.

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