Le retour des Prem's, le festival de septembre à la Philharmonie de Paris, donne à la Porte de Pantin un parfum particulier de rentrée, célébrant l’inauguration de la saison avec de multiples orchestres internationaux. Surtout quand c'est Santtu-Matias Rouvali, actuel directeur musical du Philharmonia Orchestra à Londres, qui traverse le Channel pour diriger le programme tout en « numéros 5 » de l'Orchestre royal du Concertgebouw d'AmsterdamCinquième Concerto de Beethoven et Cinquième Symphonie de Prokofiev !

Santtu-Matias dirige l'Orchestre royal du Concertgebouw d'Amsterdam aux Prem's © Clément Savel / Cheeese
Santtu-Matias dirige l'Orchestre royal du Concertgebouw d'Amsterdam aux Prem's
© Clément Savel / Cheeese

Le chef et l’orchestre révèlent leur nez subtil dans leur interprétation de la symphonie de Prokofiev. Facilement assommante, l’œuvre est ici toute ciselée par la clarté des lignes, l’équilibre des timbres et aérée par la battue unique de Rouvali. Cette dernière s’accorde à merveille avec les mouvements pairs, les plus rythmiques de la partition : le tempo est toujours une pulsation qui va de l’avant grâce au mouvement de poignet aussi naturel qu’inimitable et fluide du chef, bretteur aux mille pirouettes agiles. Les amateurs de précision rythmique ne peuvent qu’être conquis par la manière dont l’orchestre virtuose tout entier réagit et s’inscrit dans cet élan.

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Les amateurs de texture sonore peut-être un peu moins, a fortiori dans les mouvements impairs, dans lesquels une veine lyrique aurait pu être davantage exploitée. Le début de l’« Adagio » (troisième mouvement) est baigné d’une lumière presque joviale du fait de l’élégance des violons, dont la finesse du son semble ne jamais vouloir chercher à s’éloigner d’une certaine beauté sonore, là où on pourrait attendre un déchirement élégiaque moins propre. Épisodiquement la sonorité est travaillée, comme quand les altos et seconds violons jouent proche du chevalet au cours de ce même mouvement ou quand le tuba, le contrebasson et les contrebasses trouvent un intéressant son gras et terreux pendant l’« Andante » initial ; mais ce sont moins des initiatives singulières qu'une simple manière de suivre ce que dicte la partition, et ces effets restent très localisés et ponctuels.

Santtu-Matias Rouvali et l'Orchestre royal du Concertgebouw à la Philharmonie © Clément Savel / Cheeese
Santtu-Matias Rouvali et l'Orchestre royal du Concertgebouw à la Philharmonie
© Clément Savel / Cheeese

Cette interprétation, qui n’est pas caractérisée par un grand souffle implacable, garde cependant l’auditeur attentif et est intéressante en ce qu'elle renouvelle l’écoute de cette symphonie. La netteté méticuleuse des changements de tempos et l’énergie raffinée et sans ostentation du Concertgebouw en font une œuvre désacralisée, pleine de vie et d’entrain, revigorante.

Tout le contraire du Concerto pour piano n° 5 de Beethoven dénaturé par la vision de Víkingur Ólafsson en début de concert. Le pianiste islandais en détruit méticuleusement les mouvements limitrophes avec un toucher vertical, brutalisant à l’extrême le moindre accent, enchainant les marches harmoniques sans direction, ne structurant aucune phrase par un quelconque point d’appui, préférant l’option du maniérisme en fin de motif. Une forme de précipitation achève d’anéantir la possibilité d’un phrasé de long terme, depuis la cadence liminaire, dont la première note est assénée comme un coup de barre de fer et aussitôt engloutie par des gammes mécaniques, jusqu’à un « Rondo » brouillon, à la ritournelle jamais clairement énoncée et au tempo excessivement fluctuant.

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Víkingur Ólafsson aux Prem's © Clément Savel / Cheeese
Víkingur Ólafsson aux Prem's
© Clément Savel / Cheeese

Le mouvement lent fait un temps illusion. La sonorité se fait plus contemplative, moins agressive. La main gauche disparaît presque – mais pourquoi pas, si ce choix artistique a quelque chose à nous dire ? Rapidement toutefois une impression de surplace s’impose, et l’on préfère s’intéresser au moelleux enveloppant de l’orchestre, au tuilage des vents, de la même manière qu’on s’était laissé happer par la ligne pure et aérée des cordes dans le premier mouvement, puis qu'on se laissera emporter par le phrasé des trompettes dans le finale.

Aux bis d’Ólafsson (des pages de Bach où l’omniprésence de la pédale suggère que le toucher du pianiste, fait d’attaque, ne permet pas aux notes d’exister sans l’utilisation de cet outil), on préfère garder en mémoire la Valse triste de Sibelius avec laquelle l’orchestre clôture la soirée. La sonorité des cordes y est plus naturelle que chez Prokofiev, tandis qu’au pupitre Rouvali, sans baguette, se démène pour animer avec succès une page très souvent donnée, valsant littéralement sur l’estrade avant de suspendre le dernier accord d’un tour d’index facétieux.

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