Alors que l'Orchestre de Paris jouit depuis le mois dernier de son nouveau directeur musical Daniel Harding, c'en est un ancien qu'il retrouve ce soir à la Philharmonie en la figure de Christoph Eschenbach qui fut à sa tête de 2000 à 2010 avant de prendre la direction à Washington du National Symphony Orchestra.

Maxim Vengerov © Benjamin Ealovega
Maxim Vengerov
© Benjamin Ealovega
Pièce maîtresse du répertoire violonistique, le Concerto pour violon de Sibelius attire les foules, et la Philharmonie est pleine à craquer. C’est la version originale que nous livrent les musiciens, version aux multiples embûches techniques pour le soliste, version à l’écriture plus dense que celle, édulcorée, réécrite par le compositeur après la mauvaise réception de l’œuvre lors de la création par un soliste mal préparé. Les attentes étaient grandes ce soir tant ce concerto est aimé, écouté et joué (davantage dans sa deuxième version d’ailleurs), et la prestation n’est malheureusement pas à la hauteur.

Plus que le soliste, c’est avant tout l’orchestre et Eschenbach qui déçoivent. Alors que l’Orchestre de Paris culmine parmi les meilleurs de France et d’Europe, ses derniers concerts avec Daniel Harding nous ayant confirmé ses indéniables qualités dont une remarquable malléabilité, il est ici à notre plus grand regret brouillon, tâtonnant. Dès le début de l’Allegro moderato, la direction d’Eschenbach est assez floue, se répercutant sur les pupitres des cordes et des bois dont les attaques manquent clairement de précision. Vengerov quant à lui fait montre d’une belle projection sonore tout au long du concerto, le son est vibrant de présence, et il surpasse les difficultés techniques avec talent. Cependant, l’alchimie entre le soliste et l’orchestre n’a pas lieu, et c’est plutôt une divergence de tempo et d’esprit qui s’affirme entre Vengerov et Eschenbach. Là où le violoniste prend un tempo plutôt rapide en tentant d’initier un réel élan dynamique, il se heurte à une certaine apathie de l’orchestre, à un mol engourdissement. Tout au long du concerto, Vengerov veut être plus rapide que l’orchestre, quitte parfois même à dérouler un empressement excessif. Si le son du violon est très présent, il l’est parfois trop, et l’on aurait apprécié de sa part mais également de celle de l’orchestre des nuances plus délicates, en particulier dans l’Adagio. De là, inévitablement, une monotonie et une lourdeur s’installent. Saluons tout de même la cadence captivante du violon (tout va bien lorsqu’il peut prendre son envol sans s’embourber avec l’orchestre) pleine de verve, ainsi que l’accompagnement en pizzicati lors de l’Allegro ma non tanto final où l’orchestre nous fait enfin entendre un balancement subtil. Quoiqu’il en soit il est bien difficile de reconnaître ici l’Orchestre de Paris.

Fort heureusement, la seconde partie est de bien meilleure facture, avec la Symphonie n°8  en sol majeur, op. 88 de Dvořák. Ce sont les mêmes musiciens et le même chef, mais pourtant l’orchestre que l’on retrouve est métamorphosé, d’une qualité incomparable. L’interprétation que nous livre Christoph Eschenbach semble se placer sur la lignée du fameux aphorisme de Rafael Kubelik : « Messieurs, en Bohême les trompettes n’appellent pas à la bataille. Ellles appellent à la danse ! ». Contrairement à la première partie, il y a ici du relief, du mouvement, des élans, des couleurs. L’essentiel est là : ça chante, ça danse, ça respire, dans cette symphonie aux inspirations panthéistes et populaires que les musiciens prennent à cœur d’exhaler. De la jubilation pastorale de l’Allegro con brio initial à l’alacrité frénétique de la bacchanale du dernier mouvement Allegro ma non troppo, cette symphonie empreinte d’optimisme nous transporte immédiatement dans la bohême pastorale de Dvořák.

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