En marge de la Partenope de Haendel (fruit de l’académie du Jardin des Voix), la dixième édition du festival « Dans les jardins de William Christie » proposait un récital de la mezzo-soprano Lea Desandre, lauréate de l’académie 2015 qui poursuit depuis la carrière florissante que l’on sait. Conçu par Paul Agnew, ce concert donné le dimanche 22 août en l’église Saint-Pierre de Thiré associait deux cantates de Bach et Graupner composées sur un même livret et dont bien des aspects, depuis l’instrumentarium requis jusqu’au plan tonal, offrent de troublantes similitudes. Confrontation intéressante à plus d’un titre de deux jeunes candidats au poste de Cantor de Leipzig…

Lea Desandre et Les Arts Florissants à Thiré
© Jay Qin

Rassemblée autour du chef britannique, l’équipe instrumentale réunit membres des Arts Florissants et étudiants diplômés de la Julliard School avec laquelle William Christie entretient des liens pédagogiques privilégiés. Le contrebassiste Douglas Balliett participe ainsi à ce concert et donnait lors des promenades-concerts de l’après-midi de savoureuses cantates contemporaines sur des thèmes mythologiques, objet d’un projet discographique à paraître très prochainement.

Déchirante plainte ornée du hautbois sur une basse à l’italienne, la Sinfonia de la Cantate BWV 21 introduit avec à-propos ce programme à la sombre tonalité de do mineur – on plaindra le vaillant hautboïste Matthew Hudgens qui aura à se battre pendant toute la soirée avec un instrument affecté par l’humidité. Intervalles dramatiques du récit initial et accompagnato subtil des cordes, croches désolées de l’aria « Stumme Seufzer », la composition de Graupner étonne par la profondeur du sentiment et la pertinence de son éclairage expressif. Si l'on regrette que le cadre instrumental manque de plans sonores et pousse Lea Desandre à limiter nuances et subtilité rythmique, le timbre constamment superbe rend heureusement compte de l’extraordinaire beauté mélodique de l’aria « Tief gebückt und voller Reue », et « Wie freudig » ravit par ses joyeux accents pointés.

Lea Desandre et Les Arts Florissants à Thiré
© Jay Qin

Après une sonate en trio où brillent le très séduisant violon de Tami Troman et l’archet éloquent du violoncelliste Charlie Reed, la célèbre cantate de Bach va confirmer les problèmes de la première partie de concert. Basses envahissantes, disparité d’articulation entre les cordes, la préparation n’a peut-être pas été tout à fait suffisante… Après un « Stumme Seufzer » où la connexion se révèle difficile entre hautbois et chant, le si émouvant « Tief gebückt » s’enlise avant d’être sauvé par un instrument vocal extraordinaire que Lea Desandre pare de couleurs somptueuses. Véritable moment miraculeux du concert, les volutes extraordinaires de la violiste Myriam Rignol sur le très beau choral « Ich, dein betrübtes Kind » rachètent les incertitudes qu’une préparation supplémentaire aura certainement effacées pour le concert du 23 août.


Le voyage de Philippe a été pris en charge par Les Arts Florissants.

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