Programme de circonstance en cette veille de Noël à l’Auditorium qui, en partenariat avec le festival de musique baroque d’Ambronay, accueille les Nouveaux Caractères pour un Messie haut en couleurs ! Un orchestre de renom, un chœur de qualité et quatre solistes réputés : voilà de quoi passer une bonne soirée. Et nous ne serons effectivement pas déçus !

Sébastien d'Hérin © Cédric Roulliat
Sébastien d'Hérin
© Cédric Roulliat
L’ouverture donne le ton : ce sera une interprétation fidèle à la lettre, pleine de sentiments. La première fugue est rythmée, sujets et contre-sujets se définissent clairement et c’est un vrai plaisir d’entendre les voix de chacune des sections de l’orchestre entrer en dialogue les unes après les autres. La direction de Sébastien d’Hérin est dansante, efficace et précise. Il prend grand soin de caractériser chaque numéro : tantôt joyeuses, tantôt souffrantes, les intentions sont variées et l’on remarque que chaque musicien a à cœur de répondre le plus justement possible à la proposition faite par le chef depuis son clavecin. La seconde partie, plus sombre, est l’occasion d’entendre un orchestre ayant pour mission de rendre sensible la dimension tragique de l’œuvre. Cela est parfaitement réalisé, et sans aucun pathos. Les accents sont douloureux mais point pleureurs et l’interprétation reste digne et droite. La forte cohésion de l’orchestre est visible. Ils répondent avec efficacité aux demandes de leur chef tout comme à celles de leur violon solo, économe dans le geste mais parfaitement comprise de tous. On apprécie tout particulièrement le travail du furioso au centre de l’air « He was despised ». Le tempo enlevé est exact et sert le texte à la perfection. L’orchestre est uni, chatoyant, les crescendo intenses et justifiés. On soulignera également l’équilibre remarquable de l’ensemble sur « The trumpet shall sound ». Le timbre du cuivre se marie harmonieusement au reste de l’effectif et colore ces dernières pages.

Comment ne pas mentionner la remarquable présence du chœur Accentus ? L’effectif restreint nous permet d’apprécier tout particulièrement les grandes qualités vocales individuelles des chanteurs qui n’oublient jamais qu’ils forment pourtant un tout : les différents pupitres sont très unis et la vocalité propre au Messie totalement maîtrisée. On regrette cependant le caractère quelque peu rigide donné au chœur fugué « We shall purify » : la nuance unique déployée d’un bout à l’autre du numéro ne nous permet pas d’apprécier pleinement les qualités d’écriture de Haendel. De la même manière, quelques finales malheureusement égarées viennent également perturber l’écouter de « Unto us a child is born ». En revanche, on tiendra à souligner tout particulièrement le son chaleureux et rond du pupitre d’alti. On se délecte de cette sonorité majestueuse à l’occasion des quelques lignes a capella sur « Since by man came death » qui tranchent superbement avec l’allegro contrasté leur répondant.

Filippo Mineccia © Allegorica Opera Management
Filippo Mineccia
© Allegorica Opera Management
Un orchestre de qualité, nous le disions, un chœur au son particulièrement coloré et chantant, et bien évidemment quatre solistes qui servent avec distinction cette belle œuvre : le ténor Robert Murray fait une entrée timide qui nous permet tout de même d’apprécier son timbre particulièrement coloré. Les airs qui suivent lui permettent de s’épanouir davantage et de s’approprier cette immense salle de l’Auditorium de Lyon jusqu’à laisser sa voix en emplir les moindres recoins. La soprano Martina Jankovà propose un « Rejoice » somme toute assez passif qui nous permet cependant d’apprécier sa capacité à vocaliser avec souplesse. A l’inverse, « How beautiful are the feets » sera particulièrement habité et très intérieur. Son chant est épuré, son interprétation simple. La basse Konstantin Wolff nous ravit de son timbre sombre à la profondeur abyssale et de sa présence imposante. Quant au contre-ténor Filippo Mineccia, il est indéniablement notre coup de cœur de la soirée : la voix est chatoyante et brille de mille feux, le legato parfaitement maîtrisé et l’expression très théâtrale si bien que l’on comprend parfaitement le texte.

Nous quittons la salle le sourire aux lèvres. Un certain « Hallelujah » interprété de manière majestueuse et enlevée comme il se doit, nous trotte en tête et nous accompagne sur le chemin du retour.

****1