Two pieces for orchestra and electronics : derrière un nom volontairement neutre se cache un univers obsédant. Pour commencer ce concert de clôture du festival ManiFeste au Studio 104 de la Maison de la Radio, de grands glissandos de cordes et de cuivres sur fond de trémolo se superposent au scintillement très kitsch d’une partie électronique pré-enregistrée à la sonorité de synthétiseur des années 80. Les cordes de l’Orchestre Philharmonique de Radio France nimbent de lyrisme les mélodies du compositeur Øyvind Torvund chaque fois que celles-ci évoquent le post-romantisme wagnérien ou mahlérien. Lors de moments plus champêtres, des chants d’oiseaux électroniques dialoguent avec des chants d’oiseaux reproduits par les instruments à vent. Le mélange des textures sonores octroie une respiration au sein d'un discours dense et magnétique.

Patricia Kopatchinskaja © Marco Borggreve
Patricia Kopatchinskaja
© Marco Borggreve

Dans la deuxième pièce, les mêmes glissandos rencontrent une partie électronique légèrement désaccordée dont le décalage crée un savoureux climat microtonal. Mais bientôt, après une fausse fin, le projet musical perd en clarté quand l’orchestre se met à galoper rythmiquement, accompagné de sons de bornes d’arcades ou d’égouttement d’eau.

Avec Tacet de Stefano Gervasoni, une tout autre énergie s’installe. La violoniste Patricia Kopatchinskaja rejoint la scène pour ce concerto dans lequel le silence évoqué par le mot « tacet » ne peut être saisi que dans quelques rares interstices. Pendant trente minutes, la soliste déploie un discours virtuose formé de flots de notes aigus, de grincements, de pizzicatos et de doubles cordes. Tout l’objectif poétique est là : convaincre un orchestre tumultueux de la nécessité de parvenir au silence. À quelques reprises, de magnifiques moments chambristes s’installent entre la violoniste, le violon solo et les percussions à clavier. A la baguette, Pierre Bleuse cultive avec intensité l’agitation générale. Si la discorde, orchestrée par de petits motifs très articulés, disparaît lors de la cadence soliste, la tension théâtrale reparaît dans les ultimes soubresauts en pizz Bartók.

Pour parachever ce Tacet, la violoniste Patricia Kopatchinskaja enfile sa casquette de compositrice « PatKop » en proposant une seconde cadence électronique intitulée 3’33. Le hasard du montage sonore – effectué par le réalisateur en informatique musicale de l’Ircam Serge Lemouton – définit la pièce comme une référence évidente à John Cage. Cette dernière se transcrit par le silence du plateau et un noir salle tandis que les enceintes diffusent une surimpression de glissandos ou de nappes de violon, de paroles indistinctes, de murmures et de cris. L’apport de ce postlude paraît cependant très superficiel car trop décorrélé de la proposition de Gervasoni.

Enfin, avec Coptic Light de Morton Feldman, le calme s’installe. L’état de stase que crée l’œuvre dès les premières mesures est fascinant. S’il semble au premier abord que chacun des motifs musicaux se répète ad vitam aeternam, les trente minutes de musique permettent de porter son attention sur tous les instruments de l’orchestre et d’appréhender la micropolyphonie à l’œuvre. Malheureusement, on ne s’immerge jamais vraiment dans la version du Philhar’ en raison de problèmes de justesse de la petite harmonie et du manque d’homogénéité des cordes. Malgré tout, la direction souple de Pierre Bleuse ménage une cohésion générale suffisante pour faire poindre la lumière.

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