Foule des grands soirs au Victoria Hall pour accueillir ce premier concert de la série « Symphonie » de l’Orchestre de la Suisse Romande, entièrement dédié à Ravel dont on commémore les 80 ans de la disparition.

Jonathan Nott © Thomas Mueller
Jonathan Nott
© Thomas Mueller

En guise de hors-d’œuvre, une œuvre rare et extraordinairement courte de 1918, arrangée en 2007 par Pierre Boulez : Frontispice. Originellement conçue pour deux pianos à cinq mains, elle aiguise la curiosité par une polytonalité surprenante, avec cette mélodie persistante à la basse. Trois minutes de musique à peine et nous voilà embarqué pour le noir Concerto pour la main gauche avec sa sinueuse ligne grave introductive s’épanouissant dans un tutti éclatant. Entre alors le piano du soliste de ce soir : Alexandre Tharaud. On est frappé par sa ligne frêle, imprimant avec force les premiers instants de l’œuvre. S’ensuit tout au long du concert un balancement entre d'une part un beau dialogue entre le pianiste et les vents, et d'autre part un instrument soliste couvert par un orchestre débordant. On citera néanmoins, parmi les beautés indéniables du concerto, le cor anglais mordoré d’Alexandre Emard et le basson aux phrasés envoutants d’Afonso Venturieri, ainsi que les sons perlés du pianiste dans les passages intimistes qui lui conviennent infiniment plus que les moments plus massifs, lors desquels des sonorités vertes et des sons durs émaillent ses interventions. 

En seconde partie, Jonathan Nott nous propose le ballet Daphnis et Chloé qui offre très vite à entendre le beau son du Choeur du Grand Théâtre de Genève. Souplesse et fondu des timbres, vaillance des voix intermédiaires, velouté du pupitre d’alto, tout resplendit dans cet ensemble qui colore de mille facettes scintillantes la fresque ravélienne.

Alexandre Tharaud © Marco Borggreve
Alexandre Tharaud
© Marco Borggreve
On ne peut que louer l’incroyable implication du Konzertmeister Svetlin Roussev, ainsi que ses très belles interventions au legato royal et la projection solaire. A relever aussi les vents superlatifs, le soyeux des clarinettes, la flûte aux irrésistibles charmes de Sarah Rumer qui allie un souffle infini et des couleurs qu’elle varie à l’envi, sans oublier les belles interventions du pupitre de cors sous l’impulsion de Jean-Pierre Berry.  

Et si Jonathan Nott s’implique totalement, se penchant, obtenant de très belles ambiances, on regrette par moment la saturation des forte, quelques stridences aux premiers violons et certainement un peu de relâchement et de souplesse dans les phrasés et nuances. Faute certainement à un placement trop proche de l’orchestre dans ce Victoria Hall si sonore, on souffre parfois de la saturation du son, empêchant malheureusement tout recul pour pouvoir apprécier à plein le délice de ces musiques iodées et l’équilibre de l’orchestre.

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