Le cycle Beethoven a commencé depuis le 3 mars à la Seine Musicale. Il a été mis en place par l’Insula Orchestra et sa directrice artistique Laurence Equilbey pour célébrer, deux ans en avance, le 250e anniversaire du compositeur – pourquoi attendre, après tout ? Comme musiciens invités, nous retrouvons le Quatuor Diotima pour une suite de trois petits concerts, reprenant les derniers opus de Beethoven pour cette formation. Ce samedi 10 mars, le public entendra le quatuor n°14 opus 131.

© Quatuor Diotima
© Quatuor Diotima

Le concert, d’une cinquantaine de minute seulement, a lieu dans la salle Tutti, un studio caché au bout d'une longue suite de couloirs dans lesquels nous sommes conduits, petit groupe par petit groupe, par le personnel de la Seine Musicale. Il est appréciable de pouvoir profiter du concert dans ce cadre intime et discret, plutôt que dans l’Auditorium qui, malgré sa belle esthétique, laisse à désirer quant à son acoustique. Le Quatuor Diotima entre sur scène, s'installe à quelques mètres du public. La lumière s’éteint à l'exception de quelques spots dirigés vers les musiciens ; c’est comme entrer dans une bulle avec eux. Et cette bulle, elle n’éclatera pas, pas une fois en cinquante minutes.

Le Quatuor en ut dièse mineur est une œuvre très particulière et novatrice ; non seulement les mouvements qui la composent s’enchainent sans interruption, mais la richesse de ses différents paysages sonores, la profusion de modulations, de changements de caractères exigent des musiciens une attention de tout instant et une maîtrise absolue de leur palette.

Justement. Si le Quatuor Diotima est depuis sa fondation en 1996 très porté sur le répertoire moderne et contemporain, sa démarche est aussi d’apporter un œil nouveau sur les œuvres classiques, – faisaint sien les mots de Bartók : « Jouer la création comme s’il s’agissait de répertoire, le répertoire comme s’il s’agissait de création. » Et cela fonctionne merveilleusement bien : on entend dès les premières notes du premier Adagio à quel point point l’écriture du compositeur dans ses dernières années, à la sensibilité et tension exacerbées, se détache du Classicisme, avec un penchant pour des rencontres harmoniques bien audacieuses pour l'époque. Cette intention est sublimée par le mode de jeux des musiciens, très sensible, d’une exactitude hallucinante, d’une clarté profondément admirable et touchante.

Leur dynamique de groupe reste neuve et rafraîchissante. Là où d’autres quatuors plus classiques désignent souvent le premier violon ou le violoncelliste comme « chef », ici, la plupart des intentions sont insufflées par Constance Ronzatti, le second violon, très mouvante, présente, avec le regard le plus communicatif et attentif des quatre musiciens. Egalement c’est Franck Chevalier, l’altiste, qui prend la parole autant lors de la présentation du programme qu’à la fin du concert, et qui donne beaucoup de son énergie pendant le concert. On n’en diminuera pas le mérite des deux autres instrumentistes pour autant : le premier violon Yun-Peng Zhao déploie un son merveilleux et une justesse remarquable, que ce soit dans le placement des notes ou dans ses choix interprétatifs. Il brille du début jusqu’à la fin par sa sensibilité et la simplicité avec laquelle il fait passer les émotions. Pierre Morlet, le violoncelliste, a un timbre des plus profonds et ronds, en parfait accord avec la musique. Leur complicité magique émeut comme elle amuse, notamment dans le Presto, où les simagrées et plaisanteries du mouvement donne l’occasion, à travers des modes de jeux particuliers – pizzicati enchaînés entre les pupitres, jeux sur le chevalet –, de faire sourire les musiciens autant que le public.

C’est quand le concert se finit que l’on réalise la chance d’avoir pu écouter, dans un cadre si particulier, de si grands musiciens. La programmation intelligente et toujours novatrice de l’Insula ne fait que présager de bonnes choses pour leur résidence à la Seine Musicale. On en redemande.

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