La rentrée des classes est souvent synonyme de bonnes résolutions, de nouvelles habitudes à prendre… Pour vous aider à vous renouveler, pour élargir vos horizons musicaux, voici donc notre traditionnel article annuel consacré aux jeunes talents qui pourraient marquer la saison à venir… et seront en tout cas probablement des acteurs importants du monde musical de demain.

Paul Lecocq
Ce jeune pianiste a marqué le début de la saison passée en remportant, à 20 ans, le Concours Clara Haskil, s’inscrivant ainsi dans une lignée prestigieuse (Michel Dalberto, Martin Helmchen, Adam Laloum ou Mao Fujita figurent au palmarès de la compétition suisse). Depuis, le phénomène est parti étudier un an à l’Académie Sibelius d’Helsinki et... il s’apprête à fourbir ses armes en clavecin au CNSMD de Paris, histoire d’enrichir un peu plus une palette déjà impressionnante. Les Parisiens ne devront pas hésiter longtemps : Paul Lecocq ouvrira les festivités à l’Orangerie d’Auteuil en récital après-demain ; plus tard dans la saison, il se produira entre autres à Rouen et Marseille et reviendra sur les terres de son succès en Suisse pour donner le Troisième Concerto de Beethoven avec le jeune Orchestre Bis Repetita. Avant de « bisser » un jour sur deux claviers ?

Iris Scialom
Si sa nomination aux Victoires de la musique classique 2025 l’a fait connaître auprès d’un public élargi, cela fait quelque temps que la jeune violoniste est dans les radars des professionnels du milieu, qui ont détecté en elle une vraie chambriste (elle forme un joli duo avec le pianiste Antonin Bonnet) dotée d’un potentiel solistique certain. La saison à venir semble marquer un tournant : tout en continuant à se produire en musique de chambre (par exemple à Marseille), Iris Scialom fera ses débuts en soliste avec l’Orchestre de Paris sous la direction d’Esa-Pekka Salonen, et elle figure aussi à l’affiche du prochain Festival Présences aux côtés d’un certain Renaud Capuçon qui semble l’avoir prise sous son aile ; sa participation au Festival de Pâques d’Aix-en-Provence en soliste devrait bientôt être officialisée…

Gabrielle Rubio
Paru cet été, son premier album en récital solo est une des excellentes surprises de l’année, mettant en lumière non seulement un répertoire méconnu mais surtout une formidable flûtiste dont le talent s’était jusqu’à présent exprimé essentiellement collectivement : Gabrielle Rubio était connue comme le loup blanc dans le milieu des interprètes historiquement informés pour ses participations régulières au sein des Arts Florissants, du Concert de la Loge, des Talens Lyriques, de l’Ensemble Correspondances… ou, en plus petit comité, parmi les ensembles La Ruelle ou Marilou. Vous pourrez toujours l’apprécier dans ces diverses formations mais voilà donc que la flûtiste (et théorbiste) commence aussi à se faire entendre individuellement (elle a été distinguée Talent Adami classique 2026) et on ne saurait trop s'en réjouir ; pour le lancement de cette aventure solo en concert cette saison, rendez-vous aux Hospices de Beaune le mois prochain.

Robin Paillet
Son Premier Prix au très prestigieux Concours de l’ARD de Munich l’an passé n’a été qu’une rampe de lancement : depuis, Robin Paillet a remporté sur concours l’un des postes les plus convoités, celui de trompette solo de l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise – à seulement 23 ans. Si, on le comprend, une bonne partie de son activité se déroulera en Bavière et sous la baguette de Simon Rattle, sa carrière de chambriste et soliste ne va pas s’arrêter pour autant, au contraire (ses débuts en concerto à Vienne sont programmés pour février), et il y aura des occasions de l’entendre de ce côté-ci du Rhin. Un récital trompette et orgue avec Jean-Baptiste Robin à la Cathédrale de Monaco en décembre est déjà dans les tuyaux, en attendant la suite… dont un premier album solo, espéré pour 2027.

Lamar Elias
Elle fut la révélation de l’édition 2026 de La Maestra, le concours international de cheffes d’orchestre organisé par la Philharmonie de Paris et le Paris Mozart Orchestra : si elle n’a pas figuré parmi les trois premières lauréates, cette Palestinienne de 26 ans a conquis les critiques comme la formation qu’elle a eu à diriger (elle a reçu le Prix des musiciens du Paris Mozart Orchestra) et s’est distinguée avec une mention spéciale de l’exigeant Comité ECHO (European Concert Hall Organisation). On suivra donc attentivement les prochains concerts de cette personnalité aussi fédératrice qu'inspirée, à laquelle s'intéressent bien des formations symphoniques de l'Hexagone : elle est programmée avec l’Orchestre de Picardie, l'Orchestre National de Lille, l'Orchestre national Montpellier Occitanie, l’Orchestre National des Pays de la Loire…

Mikel Iturregi
Ce compositeur basque-espagnol pas encore trentenaire ne cesse d’attirer l’attention. Élève de Gabriel Erkoreka et Ramon Lazkano à Musikene (à Saint-Sébastien), il est entré en 2021 au CNSMD de Paris dans les classes de Gérard Pesson, Yan Maresz et Luis Naon, et ce joli bagage musical commence à porter ses fruits : en 2024, Mikel Iturregi a reçu le Prix de Composition du Colegio de España / INAEM et, l’an dernier, la Fondation Prince Pierre de Monaco lui a décerné son prix du « Tremplin musical », réservé aux jeunes compositeurs particulièrement prometteurs. Son écriture aussi sensible qu’intelligente sait se mettre au service des ensembles spécialisés comme des interprètes les plus jeunes (il a composé pour des chœurs d’enfants, au Centre de Musique Baroque de Versailles et à l’Opéra-Comique). Cette saison, outre son Prix de composition du Conservatoire ce mois-ci, on pourra entendre sa musique notamment au Festival Présences.

Pierre Gennaï
En voilà un qui triomphe partout où il passe, dans les domaines les plus divers : ce tout jeune baryton né en 2002 a multiplié les distinctions au Concours international de la mélodie de Gordes en 2023, intégré l’Opéra-studio de l’Opéra du Rhin en 2024, reçu le Premier Prix du prestigieux Concours international de chant baroque de Froville 2025… le tout après avoir étudié aussi bien la contrebasse que le piano, l’orgue et l’orchestration. En toute logique, il sera possible de suivre ce couteau suisse musical à peu près sur tous les fronts cette saison : dans le rôle-titre de L’Orfeo de Monteverdi à l’Opéra de Montpellier, en Guglielmo du nouveau Così fan tutte de l’Arcal à l’Athénée avec le Concert de la Loge (après le succès de leur Don Giovanni, ne tardez pas à prendre vos places), ou encore dans Roméo et Juliette de Gounod au Grand Théâtre de Tours.

Apolline et Thaïs Raï-Westphal
Des jurys ont parfois eu à les départager mais nous ne le ferons pas ici : ces deux sœurs et sopranos lumineuses sont des pépites difficiles à séparer, comme a pu le constater notre critique Romain Daroles au Festival de La Chaise-Dieu cet été. Lauréates ces dernières années dans à peu près tous les concours de chant du secteur (Canari, Marmande, Gordes…), Apolline et Thaïs Raï-Westphal commencent à se faire une place (double) sur les scènes de France et de Navarre auprès d’une quantité d’ensembles, notamment historiquement informés. Cette saison, la première tiendra le rôle-titre de la Cendrillon produite par La Co[opéra]tive (en tournée à Amiens, La Roche-sur-Yon, Saint-Brieuc, Brest) et celui de Vénus et Adonis à l’Opéra de Rennes avec Le Banquet Céleste ; la seconde sera à l’affiche du Capitole de Toulouse avec I Gemelli dans Le Couronnement de Poppée et se produira au Théâtre des Champs-Élysées avec Le Concert Spirituel dans Israël en Égypte. Et toutes les deux poursuivront ensemble l’aventure Campra avec Les Talens Lyriques, avec une halte de prestige à Amsterdam.

Arete Quartet
Cette formation coréenne fondée en 2019 a déboulé dans l’Hexagone au Concours international de musique de chambre de Lyon il y a deux ans, raflant le Premier Prix et pas moins de cinq prix spéciaux. Depuis, les Arete (qui tiennent leur nom, bien choisi, du mot grec synonyme de quête de l’excellence) ont confirmé à la fois leur statut et leur lien privilégié avec la France, remportant l’an passé le Troisième Prix au Concours Vibre ! à Bordeaux, commençant une résidence à ProQuartet et publiant un premier album salué par la critique. Cette saison, ils seront de retour sur les scènes francophones au printemps pour participer aux immanquables festivités consacrées à Beethoven 200 ans après la mort du compositeur, avec des passages très attendus à La Cité Bleue (Genève) et à La Scala Paris.

























