Les travaux de rénovation du Grand Théâtre de Genève devant s’achever en 2018, la saison prochaine de l’institution lyrique genevoise sera la dernière hébergée par l’éphémère Opéra des Nations, et l’avant-dernière de son directeur Tobias Richter qui a annoncé son départ à l’issue de la saison 2018-19.

L'Opéra des Nations, Genève © GTG | Samuel Rubio
L'Opéra des Nations, Genève
© GTG | Samuel Rubio

Bien avant la rentrée, la saison genevoise débutera en fanfare. Teodor Currentzis, qui a passé les quatre dernières années à Perm, a marqué d’une empreinte quasiment révolutionnaire la trilogie Da Ponte avec ses récents enregistrements, la critique y voyant une interprétation qui « rayonne d’une énergie brute » – un journaliste n’hésitant d’ailleurs pas à écrire que « ça a changé sa vie pour toujours ». Le 27 août, Currentzis et son ensemble MusicAeterna seront donc à Genève pour le dernier opéra de Mozart, La clemenza di Tito, donné en version de concert. Le plateau vocal inclut notamment Stéphanie d’Oustrac, dont la récente interprétation de Carmen, “sensuelle, impétueuse et aguicheuse”, a fait presque autant parler d’elle que les enregistrements de Currentzis. La première de cette production sera donnée ce mois-ci à Salzbourg à guichet fermé.

Mozart clôturera également la saison lyrique avec une nouvelle production de Don Giovanni, signée David Bösch, où se retrouveront plusieurs têtes d’affiche internationales : Simon Keenlyside, Patrizia Ciofi et Ramón Vargas. Mais assurément l’un des principaux temps forts mozartiens aura lieu plus tôt dans le cadre de la très alléchante « Trilogie de Figaro ». La vie du célèbre barbier sera retracée au travers de ses premières aventures sévillanes (avec Rossini), de la « folle journée » que représente de son mariage (avec Mozart), jusqu’à… jusqu’où exactement ? Beaumarchais a bien écrit un troisième volet, La mère coupable, mais sa mise en musique n’est jamais vraiment passée à la postérité. La compositrice contemporaine Elena Langer a composé un troisième épisode, alternatif, surréaliste et éclectique : Figaro Gets a Divorce. La première ayant été couronnée de succès au Welsh national opera en 2016, le metteur en scène David Poutney débarquera à Genève avec une bonne partie du casting original pour conclure cette trilogie dont les opéras seront données trois jours successifs (et répétés à 4 reprises à partir du 12 septembre).

Novembre sera le mois des perles rares. Oublié pendant des années, d’une part en raison d’un violent sentiment anti-germanique lors de sa création en 1870 et d’autre part parce qu’aucune véritable édition n’était disponible jusqu’à récemment, le jubilatoire Fantasio d’Offenbach revit aujourd’hui grâce aux efforts de Jean-Christophe Keck qui a ressuscité cette œuvre à l’opéra de Rennes en l'an 2000. Considéré comme l’un des chefs-d’œuvre du compositeur par Jean-Christophe Keck, le public genevois pourra se faire sa propre opinion dès le 3 novembre avec une mise en scène de Thomas Jolly, laquelle ouvrit triomphalement la saison 2017 de l’Opéra Comique. À ne pas manquer non plus les deux représentations en version de concert, fruits d’une collaboration avec la Haute école de musique, d’une autre rareté : Ascanio de Saint-Saëns. De ses treize opéras, on ne connaissait jusqu’à cette année que Samson et Dalila. Or après l’Opéra Comique qui vient tout juste de ressusciter Le Timbre d’Argent, le Grand Théâtre propose donc Ascanio dans la première exécution de la version conforme au manuscrit autographe de 1888. À travers un opéra en cinq actes et sept tableaux, le compositeur livre sa propre vision des mémoires de Benvenuto Cellini dans un drame lyrique mêlant dans un savant canevas de leitmotivs, la sensualité de la musique française, les accents passionnés du lyrisme italien et le raffinement des mélodies et danses du répertoire de la Renaissance.

WNO, <i>Figaro Gets a Divorce</i>, Marie Arnet (Susanna) & Alan Oke (The Major) © Richard Hubert Smith
WNO, Figaro Gets a Divorce, Marie Arnet (Susanna) & Alan Oke (The Major)
© Richard Hubert Smith

L’année se terminera dans la joie avec une nouvelle production de la très populaire opérette Le Baron Tzigane de Johann Strauss (fils) dans sa version française. Comment mieux célébrer la fin d’année qu’avec cette histoire de trésor caché, de commissaire corrompu, de fille de pacha perdue et de fermier obsédé par ses cochons, sans même mentionner l’ouverture entraînante que Strauss a composée ? Cette nouvelle production de Christian Räth promet de séduire, ne serait-ce que pour la présence de la jeune et talentueuse Melody Louledjian qui avait ravi le public de la Salle Favart dans Ciboulette en 2015.

Après la trilogie de Figaro, c’est un diptyque consacré à un autre personnage emblématique du patrimoine lyrique, Faust, qui sera proposé en février : le premier volet en sera constitué par une nouvelle production du Faust de Gounod avec John Osborn dans le rôle-titre. Si le metteur en scène Georges Lavaudaut est une figure majeure sur la scène théâtrale – comptant Hôtel Feydeau parmi ses récents succès – il n’est pas pour autant étranger au monde de l’opéra, avec notamment une mise en scène très bien accueillie de La Cerisaie par Philippe Fénelon au Palais Garnier en 2012. Le Grand Théâtre proposera également un second et original éclairage sur la thématique faustienne avec les Szenen aus Goethes Faust de Robert Schumann, plus proches de l’esprit de Goethe. Robert Schumann a consacré quelques dix années à la composition de cet oratorio, avant de l’offrir en cadeau d’anniversaire à son épouse Clara. Rarement représenté, il sera donné en version de concert sous la direction de Peter Schneider au Victoria Hall.

Comme pour contrebalancer les questionnements philosophiques de Faust, le mois de mars sera vériste avec les inséparables Cavalleria Rusticana et Pagliacci, coproduits avec le Teatro Communale di Bologna : Nino Machaidze chantera Nedda. Viendra ensuite, fin avril, une nouvelle production de King Arthur de Purcell, dont on sait seulement qu’il sera dirigé par Leonardo García Alarcón, à la tête de sa Cappella Mediterranea, et mis en scène par Alain Maratrat, un autre metteur en scène issu du théâtre ayant remporté de vifs succès à l’opéra.

Nina Stemme © Neda Navaee
Nina Stemme
© Neda Navaee

Le Grand Théâtre de Genève accueillera également un riche programme de concerts et de récitals. Le public genevois pourra découvrir trois voix de soprano aux caractères bien distincts avec Nina Stemme, Dorothea Röschmann et Sonya Yoncheva – pour qui ce sera un retour aux sources, puisqu’elle étudia au Conservatoire de Genève et participa au chœur du Grand Théâtre. Également invités, la contralto Marie-Nicole Lemieux et les basses Mikhail Petrenko et Willard White (qui chantera également dans la La clemenza di Tito en début de saison). Le 27 mai, l’Orchestra Giovanile Luigi Cherubini sera dirigé par Riccardo Muti pour un concert exceptionnel.

Des trois productions chorégraphiques, la première s’adresse également aux amateurs de chant lyrique. La chorégraphe Reinhild Hoffmann a été l’une des pionnières du mouvement Tanztheater. Elle propose une nouvelle version de son œuvre emblématique, Callas, créée au Tanztheater Bremen en 1983. La démarche créatrice d’Hoffmann s’attache à explorer la place des femmes dans la société, sous un éclairage souvent sombre. Son portrait de l’une des figures mythiques du monde lyrique promet d'être fascinant.

En février la compagnie de flamenco dirigée par Sara Baras proposera Voces. Le spectateur avide de création mondiale devra attendre le 28 juin pour la première représentation de « Vertige romantique », œuvre en deux parties chorégraphiées chacune par un chorégraphe différent. Fallen, qui se déploie sur des musiques de Tchaïkovski et Schumann, sera dirigé par le chorégraphe canadien Andrew Skeels. Return to Nothingness sera chorégraphié par Natalia Horecna à partir du Trio pour piano, op. 100 de Schubert. Horecna ayant travaillé avec John Neumeier au Ballet de Hambourg, son approche artistique devrait résonner parfaitement avec l’esthétique du Ballet du Grand Théâtre de Genève.

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Cet article a été sponsorisé par le Grand théâtre de Genève.