Soutenir, conseiller et aider les artistes lyriques les plus fragilisés par la crise sanitaire, c’est l’ambitieuse mission de l’association UNISSON, fondée par un collectif de chanteurs pendant le confinement. Il ne s’agit pas seulement de proposer un secours financier, mais aussi une aide juridique et administrative, ainsi qu’une cellule d’écoute en cas de harcèlement ou de discrimination. En somme, pouvoir s’exprimer d’une seule voix sur les sujets propres à leur profession. En adéquation avec ces différentes missions, la recette du concert donné samedi soir à l’Opéra Comique était intégralement destinée à la constitution d’un fonds de dotation à destination des artistes les plus précaires. Malgré le changement d’horaire imposé à la dernière minute en ce premier soir de couvre-feu et les altérations du programme, c’est devant une salle remplie au maximum de la jauge imposée par le protocole sanitaire que les chanteurs font leur entrée sur scène, sous les acclamations d’un public galvanisé.

Le concert organisé par UNISSON à l'Opéra Comique © Christian Lartillot
Le concert organisé par UNISSON à l'Opéra Comique
© Christian Lartillot

En tout, plus de soixante adhérents de l’association se produiront ce soir sur la scène de l’Opéra Comique. Ce nombre, conséquent dans le contexte du protocole sanitaire, donne au concert un air de fête devenu bien inhabituel. Le concert n’adopte cependant pas la forme d’une grande audition où se succéderaient une ribambelle d’airs connus. En accord avec le nom même de leur collectif, c’est un programme « à l’unisson » que proposent les artistes, ne comportant que des ensembles de deux voix minimum. Chanteurs et chanteuses en début de carrière donnent la réplique aux habituelles têtes d’affiche. Ces derniers endossent du reste des rôles dans lesquels on a rarement l’habitude de les entendre : Sabine Devieilhe est la Sophie du Rosenkavalier tandis que Chantal Santon-Jeffrey incarne la Maréchale, Stanislas de Barbeyrac est Hoffmann et Ève-Maud Hubeaux s'empare du rôle-titre de Carmen. Sans entracte mais avec une bonne humeur contagieuse, les numéros se succèdent. 

Accompagnés par un dynamique trio de pianistes constitué par Nathalie Steinberg, Sélim Mazari et Cécile Restier, les formations se succèdent sur la scène de la salle Favart. Outre les numéros d’ensemble, comme l’extrait du Viaggio a Reims de Gioacchino Rossini ou la Serenade to Music de Ralph Vaughan Williams, interprétée avec une remarquable unité de timbre par les seize solistes, notons de plus petites formations. Le quintette de Carmen de Georges Bizet, « Nous avons en tête une affaire » est remarquablement interprété par Aude Extrémo, Sophie de Guerry, Amélie Tatti, Ronan Nédélec et Mathias Vidal. La prononciation irréprochable et l’adaptabilité du timbre de ce dernier fait merveille aussi bien dans La Cenerentola de Rossini (Don Ramiro) que dans Le Bonheur d’aimer d’Arthur Lavandier, quatuor a cappella commandé spécialement pour la soirée. Parmi les duos, Chloé Briot et Julie Pasturaud se distinguent dans l'énergique « Wrong note rag » tiré du Wonderful Town de Leonard Bernstein, tandis que le Rodolfo du ténor Benjamin Bernheim et la Mimi d’Adriana González emportent tous les suffrages dans le fameux « Dunque è proprio finita » de La Bohème. Le timbre puissant du chanteur, mêlé à la subtilité de celui de la chanteuse font du duo un des clous de la soirée.

En guise de finale, le traditionnel can-can extrait de La Vie parisienne d’Offenbach voit tous les artistes monter simultanément sur scène pour accompagner en chœur — masqué — les solistes. C’est dans une danse collective, doublée de la ronde endiablée des trois pianistes qui se disputent tour à tour le clavier, que s’achève joyeusement cette soirée UNISSON. 

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