Curieuse soirée que cette représentation de Rigoletto en ouverture de l’édition 2017 des Chorégies d’Orange. Si le résultat n’est clairement pas à la hauteur de ce que l’on est en mesure d’attendre, rien non plus de nécessairement dramatique. Curieux spectacle qui aurait pu être mémorable mais qui malheureusement laisse indifférent.

Nadine Sierra (Gilda) © Philippe Gromelle
Nadine Sierra (Gilda)
© Philippe Gromelle

Pourtant, la présence dans le casting du plus grand ambassadeur du rôle de Rigoletto laissait présager le meilleur. Leo Nucci connaît plus que tout autre ce rôle qu’il a chanté sur les plus grandes scènes du monde un nombre incalculable de fois. Le texte apparaît merveilleusement conduit, réfléchi et parfaitement intelligible. Chaque parole fait sens faisant apparaître le bouffon comme particulièrement tragique notamment lors de la scène « quel vecchio maledivami… Pari siamo ». Reste que sa grande scène « Cortigiani, vil razza dannata » ne marque pas. Pris à un tempo particulièrement rapide (on ne sait qui du chef ou du chanteur est responsable de ce choix), cet air met le chanteur en difficulté ; comble particulièrement surprenant pour celui qui nous a si souvent bouleversé lors de ce passage. Le souffle est court et les intentions musicales semblent avoir perdu de leur caractère. Le chanteur assume néanmoins toute la partition sans que son personnage ne soit apparu véritablement prenant et investi. Le Duc de Mantoue chanté par Celso Albelo ne parvient pas non plus à marquer les esprits. Si le timbre est sublime, les intentions musicales sont à la limite du style en ce que le chanteur offre à entendre un Duc belcantiste quand on voudrait entendre un ténor Verdien, lyrique, vaillant et puissant. Résultat, son Duc manque cruellement de panache et de caractère. Le Sparafucille de Štefan Kocán se révèle particulièrement intéressant du fait d’une belle ampleur vocale et d’un travail dans le bas du registre jamais caricatural et subtilement mené.

Reste la perle de cette distribution : Nadine Sierra qui campe une Gilda insolente de santé vocale. Évacuons d’emblée les éventuelles réserves tenant à son interprétation : l’italien demeure en effet encore perfectible (notamment les consonnes pas toujours soignées). Également, l’ensemble de la composition est encore un peu trop « frais » et pourra gagner en singularité et en relief. Il n’empêche que sa Gilda hypnotise et donne un vent de fraîcheur à un rôle souvent perçu de façon mièvre. La projection n’est jamais en peine, les nuances sont superbement réfléchies et utilisées de manière continue. Elle irradie le premier duo avec Rigoletto avant de totalement suspendre le temps lors d’un « Caro Nome » miraculeux d’aisance et de virtuosité. Souffle infini, trilles parfaites et aigus finaux faisant sens et soutenus de longues secondes finissent par subjuguer les spectateurs qui lui réservent un véritable triomphe (le seul de la soirée) lors des saluts.

© Philippe Gromelle
© Philippe Gromelle

Du côté de la fosse d’orchestre, le Philharmonique de Radio France donne à entendre du très bon et du moins bon. La dynamique d’ensemble est particulièrement appréciable mais de nombreux « couacs » trahissent une concentration encore perfectible ou une fragilité de l’ensemble. Parfois, un vent majestueux et rutilant se fait entendre. Parfois, le résultat apparaît à peine soigné et amené assez frivolement. Reste les choix de tempi du Maestro Mikko Franck qui apparaissent hasardeux et peinent à instaurer un univers musical cohérent.

Reste enfin la proposition scénique de Charles Roubaud, particulièrement paresseuse. Il ne se passe malheureusement pas grand-chose sur scène et ni l'œil ni l'esprit ne parviennent à être stimulés par cette proposition scénique en panne d'inspiration. 

Nadine Sierra a donc réussi ses débuts sur la scène d’Orange volant la vedette aux autres protagonistes. La lutte pour la première place aurait en revanche gagné à être plus ardue !

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