Petit bonheur, pour un dimanche matin embrumé et froid, que d’aller écouter des œuvres de Jean-Sébastien Bach, qui plus est par un ensemble d’instruments modernes appelé « Ensemble Baroque de l’Orchestre de la Suisse Romande », ici sous la direction de Stephan MacLeod. Le chef genevois, spécialiste de la musique baroque a à son actif une belle carrière de soliste, mais aussi de chef, ce qui l’amène à diriger ses musiques de prédilection au sein des plus grands festivals de musique baroque et, comme ce matin, d’amener sa petite troupe de « musiciens modernes » vers un Bach dans un style « informé ».

Stephan MacLeod © Sorek Artists management
Stephan MacLeod
© Sorek Artists management

Rien de moins que des chefs d’œuvre du Cantor au programme de cette matinée, avec pour débuter la matinée le célèbre Concerto pour deux violons en ré mineur BWV 1043. C’est sur un tempo frénétique que nous prenons contact avec les solistes : François Payet-Labonne et Claire Dassesse. Les deux violonistes relèveront les beautés de ces phrases ourlées de difficultés dans leur apparente simplicité avec panache. Le second mouvement d’un beau lyrisme apportera son lot de sensualité et de réconfort mais la conclusion du dernier mouvement viendra souligner ce que l’on percevra tout le long du concert : un continuo qui sonne un peu court, un peu sec, comme semblant jouer à la mesure, ce qui nuit malheureusement à la fluidité de l'ensemble.

Le 3ème Concerto Brandebourgeois en sol majeur BWV 1048, connaîtra de beaux emportements servis par un ensemble homogène avec, après un Adagio apaisé, une reprise endiablée des plus énergisantes, témoignant enfin de dynamiques au continuo.

Le Concerto pour violon en la mineur BWV 1041, offrira les belles envolées d’un concerto si connu et qui ravît à chaque écoute par son lyrisme équilibré. Les phrasés du violoniste François Payet-Labonne sont beaux, même si on a la sensation de fins de phrases un brin escamotées. L’orchestre y répond avec une attentive générosité, le continuo s’entêtant dans une mécanique un peu stérile et le chef à orner le tout d’un geste perpétuellement rond. 

A noter dans la Suite en si mineur une introduction d’une belle homogénéité qui ne manqua pas de panache, à laquelle succèdera un mouvement fugué magnifiquement coloré par la flûte de Jerica Pavli, dont on admirera tout au long de la Suite la belle musicalité, les ornements délicats, sachant doser brillance et ombrages, elle mènera la danse avec style : le temps d’un trio plein de délicatesses charmantes et d’une Badinerie qui finira de réveiller les plus ensommeillés.

Alors que de nos jours l’interprétation baroque est connue, reconnue et pour ainsi dire entrée dans la mémoire-cache de tout instrumentiste baroque, il en va tout autrement pour un ensemble ad hoc de musiciens d’un grand orchestre symphonique et la gageure est élevée de réussir à rendre à ces œuvres leur légèreté et esprit originel ; le défi fût relevé avec panache lors de la récente Alcina accompagnée de l’Orchestre de la Suisse Romande à l’Opéra des Nations, malheureusement il n'est pas certain que nous y soyons parvenus ce dimanche.