C’est un programme inhabituel qu’ont concocté à Flagey le Brussels Philharmonic et son chef invité Joolz Gale, en mettant à contribution non seulement l’orchestre maison mais aussi le Chœur de la Radio Flamande et un soliste de qualité, le pianiste Boris Giltburg. 

Joolz Gale © Christoph Neumann
Joolz Gale
© Christoph Neumann

En effet, un choix d’œuvres qui ne sont pas parmi les plus jouées de Bruckner encadraient une véritable rareté dans les salles de concert, cet étonnant hybride qu’est la Fantaisie pour piano, chœur et orchestre op. 80 de Beethoven, pièce inclassable et fascinante. Dirigée avec autant d’enthousiasme que de finesse par Joolz Gale en parfaite symbiose avec le soliste, l'œuvre fascine toujours par ses très claires prémonitions de ce que sera le finale de la Neuvième Symphonie. On apprécie beaucoup la lumineuse approche du chef britannique qui fait montre d’un classicisme solaire qui coule de source.

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Et quelle joie d’y retrouver un Boris Giltburg au meilleur de sa forme ! Le pianiste israélien est décidément fort occupé à Flagey – il y a entrepris depuis le mois dernier une intégrale des sonates de Beethoven. C’est un véritable plaisir de l’entendre dans la longue introduction pour piano seul à l’allure d’improvisation. Il s’y montre merveilleusement détendu et imaginatif avant que n’interviennent l’orchestre en formation réduite et les 32 chanteurs d'un excellent chœur d’où émergeront les six solistes vocaux. On savait que Giltburg était un très bon chambriste mais, à l’entendre si bien s’intégrer à l’orchestre et accompagner très soigneusement le chœur, on se prend à souhaiter l’entendre un jour dans le domaine du lied. 

Boris Giltburg © Sasha Gusov
Boris Giltburg
© Sasha Gusov

Avant et après Beethoven, c’était Bruckner qui était ce soir-là à l’honneur. D’abord avec trois brèves pièces liturgiques – Locus Iste (WAB 23), Virga Jesse floruit (WAB 52) et Os justi (WAB 30) – qui auront sans doute surpris ceux qui ne voient dans le compositeur autrichien que l’auteur de grandes fresques symphoniques. Le Chœur de la Radio Flamande livre ici une superbe prestation et impressionne tant par l’homogénéité de ses pupitres, la qualité de ses timbres que sa maîtrise des nuances les plus ténues pour nous offrir dix minutes de grâce.

Après l’entracte, le Brussels Philharmonic revient en grande formation sur la scène pour interpréter la peu fréquentée Sixième Symphonie de Bruckner, certainement – avec les deux premières – l’une des moins monumentales des symphonies de l’auteur. 

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Dans le « Maestoso » initial, Joolz Gale déploie un bel élan sans lourdeur et démontre son aptitude à toujours faire respirer la musique. Parfaitement servi par des cuivres d’une belle assurance, dont une section de trombones particulièrement rutilante, il conduit avec beaucoup de sûreté l’orchestre vers des climax toujours maîtrisés et qui ne dégénèrent à aucun moment en débauche sonore gratuite. Qui plus est, le chef ne manque pas d’humour (britannique, of course). Le premier mouvement étant salué par de timides applaudissements, il se tourne vers la salle et, plutôt que de s’offusquer, encourage du geste à applaudir plus fort.

L’« Adagio » qui suit est serein, simple, sans pathos surajouté ni fausse profondeur. La direction de Gale est à la fois soignée et vivante et on apprécie l’attention qu’il accorde aux altos (très en forme) et aux seconds violons. Bien soutenu par un orchestre totalement impliqué, le chef met magnifiquement en avant le lyrisme de l’écriture.

Après un « Scherzo » où les cors se montrent fort à leur affaire dans le « Trio » central, le finale débute sur des appels solennels des cuivres. Joolz Gale fait bien ressortir des mélodies confiées aux cordes le caractère de Ländler, avant que l’œuvre ne s’achève sur de beaux moments de sérénité et de lyrisme, venant sceller une interprétation d’un superbe naturel comme d’une réelle finesse, sous la direction d’un chef à suivre. 

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